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Échantillon de cobalt extrait d’une mine de RDC. Photo : Flickr/Fairphone

IndustriALL avise l’industrie automobile des abus dont sont victimes les travailleurs des mines de cobalt de Glencore

22.03.2018

IndustriALL Global Union appelle l’industrie automobile à mettre la pression sur Glencore pour que soient assainies ses activités en République Démocratique du Congo (RDC), après les révélations sur les effroyables conditions de travail au sein des mines de cobalt de l’entreprise dans le pays.

IndustriALL, qui représente les travailleurs et travailleuses des industries des mines et de l’automobile, met à contribution son réseau mondial syndical de centaines de syndicats de l’automobile pour conscientiser le secteur sur les mauvais traitements infligés par Glencore à ses mineurs de cobalt, au sein de la chaîne d’approvisionnement de l’automobile.

L’industrie automobile est de plus en plus dépendante du cobalt, un métal essentiel pour les batteries, alors qu’elle dynamise sa production de véhicules électriques. Glencore est le plus gros fournisseur mondial de cobalt.

Un rapport d’une mission d’enquête d’IndustriALL en RDC en février 2018 révèle que les travailleurs des mines de cobalt des entreprises Kamoto Copper Company et Mutanda Mines, appartenant à Glencore, ne reçoivent que 750ml d’eau potable par poste de 12 heures et que l’entreprise fournit de la nourriture périmée et ne prévoit aucun endroit décent où manger à l’abri des éléments.

Il n’y a à disposition aucune douche ou lavabo sur les sites miniers, ce qui fait courir le risque de contamination et de maladies respiratoires professionnelles aux mineurs ainsi qu’à leur famille : “Nous sommes si sales quand nous rentrons chez nous que nous ne pouvons pas prendre nos enfants dans les bras,” a confié un travailleur.

La mission a également révélé que les travailleurs et leurs familles doivent parcourir 42 kilomètres pour se rendre au centre de santé de Glencore, ce qui oblige à partir de bon matin pour ne pouvoir rentrer qu’à la nuit tombée et, dans certains cas, sans avoir reçu de traitement.

La mission a eu lieu sur requête en urgence de l’affilié d’IndustriALL de RDC, le TUMEC, qui représente les travailleurs aussi bien de la compagnie Kamoto Copper que des mines de Mutanda.

Le TUMEC envisage de mener des actions de grève sur les disparités de salaire dans les mines de Glencore en RDC où, par exemple, un responsable blanc gagne 4.000 dollars par mois et ses assistants directs congolais 600 dollars par mois.

Le rapport souligne l’irrespect affiché par Glencore pour la convention collective avec le TUMEC et son refus de négocier. La mission a également révélé qu’il n’y avait eu aucune adaptation de salaire en cinq ans.

Plus de 60% de l’approvisionnement mondial en cobalt provient de RDC, qui est l’un des pays les plus pauvres de la planète. Glencore, entreprise basée en Suisse, s’attend à ce que la demande pour ce métal, qui est également un composant essentiel des batteries de smartphone, augmente de 67% au cours des trois prochaines années. Les prix du cobalt ont plus que doublé au cours de l’année écoulée.

À la fin de l’année dernière, le partenariat Drive Sustainability, un groupement de constructeurs automobile de premier plan, dont BMW, Volkswagen et Ford, a lancé une nouvelle initiative afin d’identifier et de prendre en compte des questions éthiques, environnementales, humaines et de travail associées à l’approvisionnement en matières premières. IndustriALL appelle tous les constructeurs automobiles à faire preuve de diligence raisonnable dans l’approvisionnement du cobalt pour leur secteur.

Le Secrétaire général d’IndustriALL, Valter Sanches, a déclaré :

“Les entreprises automobiles doivent être à la hauteur des attentes de leurs clients, qui sont que les véhicules électriques qu’ils leur vendent soient produits de façon responsable. Le cobalt de Glencore, qui est essentiel pour les batteries de ces véhicules électriques, est tout sauf cela.

“Nous ne leur demandons pas de ne pas acheter à Glencore, nous leur demandons de faire pression sur l’entreprise pour qu’elle se montre à la hauteur de ce dont elle se prévaut elle-même concernant la production responsable et le respect des droits des travailleurs et des communautés au sein desquelles elle développe ses activités.”

IndustriALL a adressé par écrit au PDG de Glencore, Ivan Glasenberg, un cahier de revendications pour porter remède à la situation des travailleurs et travailleuses de ses mines de RDC.

Glencore emploie 15.000 personnes en RDC, par le biais de ses filiales Mutanda Mining et Katanga Mining, à qui appartient la compagnie Kamoto Copper. En 2016, sept travailleurs sont morts chez Katanga à la suite de l’effondrement de la paroi d’une mine à ciel ouvert.