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OPINION: au-delà de la COP21?

14.06.2016

Pourquoi le changement climatique est-il une question syndicale ? Une transformation est en cours, que le monde agisse à propos du changement climatique ou reste sans broncher à attendre ses conséquences. Nous ne pouvons pas attendre que cela tourne en une mêlée violente pour s’arracher des ressources comme l’eau, l’énergie ou les terres fertiles, totalement au détriment des droits des travailleurs et de la protection sociale. 

Opiniòn

Texto: Brian Kohler

Des documents de politique, des résolutions prises lors de congrès et des dizaines de conférences sectorielles et réunions régionales, depuis les années 80 jusqu’à nos jours, ont débattu et affiné les postions syndicales sur la durabilité et le changement climatique. Il n’y a pas d’emploi sur une planète morte et la durabilité n’est plus une préférence mais une question de survie, 

dit le Directeur d’IndustriALL pour la durabilité, Brian Kohler. 

À Paris, le samedi 12 décembre 2015, lors du sommet climatique appelé COP21, un accord historique pour contrôler les gaz à effet de serre et limiter le changement climatique a été conclu. Cet accord va avoir des effets significatifs sur la plupart des secteurs relevant d’IndustriALL. 

Les trois principales revendications des syndicats lors des pourparlers sur le climat à Paris étaient : 

  • Avoirdel’ambitionetréaliserlepotentiel d’emplois de l’action pour le climat
  • Tenirparolesurlefinancementetsoutenirles plus vulnérables
  • S’engageràuneTransitionjustepourles travailleurs et leurs communautés 

Les ingrédients nécessaires à un accord réussi sur le climat se retrouvent dans le texte de Paris. Il existe une ambition de maintenir “l’élévation de la température moyenne de la planète nettement en dessous de 2°C par rapport aux niveaux préindustriels et de poursuivre l’action menée pour limiter l’élévation des températures à 1,5°C par rapport aux niveaux préindustriels”. Il y a des dispositions pour des révisions périodiques. Il y a une reconnaissance qu’une transformation de l’économie est implicite. Il y a des références, quoique légères, aux besoins de financement.

La Transition juste est incorporée au préambule de manière claire :

“Tenant compte des impératifs d’une transition juste pour la population active et de la création d’emplois décents et de qualité conformément aux priorités de développement définies au niveau national.”

Les Parties signataires doivent maintenant reconnaître qu’elles ont pris un engagement politique pour la Transition juste, renforcé par les récents Principes directeurs de l’OIT sur la Transition juste.

Plus important peut-être encore que les engagements des gouvernements sera le signal qu’il envoie à l’économie mondiale. Il va devenir de plus en plus difficile pour les investisseurs ou les assureurs de pouvoir justifier le risque qui consiste à mettre leur argent dans des carburants fossiles. Cela ne va pas changer le monde de la finance du jour au lendemain, mais cela va le changer.

L’Accord de Paris doit être considéré comme un point de départ, pas comme un aboutissement. Il crée un cadre institutionnel qui comporte tous les ingrédients nécessaires à son succès.

Une Transition juste pour les travailleurs et l’environnement

Le concept d’une Transition juste est que les travailleurs, leurs familles, les communautés et les syndicats dont ils font partie soient respectés et protégés, tout en créant de nouveaux emplois décents dans des industries durables. Les travailleurs n’ont pas choisi des emplois qui portent préjudice à l’environnement, ils avaient besoin d’un travail pour subvenir à leurs besoins et ceux de leurs familles.

Il serait profondément injuste que l’ensemble des coûts du changement vers la durabilité soit porté par la population active. 

De solides filets sociaux sont un prérequis à tout programme de Transition juste, mais y avoir recours n’est jamais le premier choix des syndicats. Le premier choix, et la Transition la plus juste possible, sera toujours de créer, faire évoluer ou maintenir des emplois durables. Un emploi durable ou plus vert n’est pas toujours ce qui vient à l’esprit d’un écologiste. Même la fabrication de panneaux solaires et d’éoliennes requiert du carburant, de l’énergie, de l’acier et des plastiques qui doivent bien provenir de quelque part et ces emplois doivent être considérés comme durables.

La seule manière d’assurer une Transition juste est de créer des programmes structurés pour la faciliter et pour en traiter les conséquences. Si l’on fait aux travailleurs un chantage à l’emploi, c’est l’environnement qui y perdra. Ce n’est donc pas aux travailleurs qu’il faut demander de faire ce choix. Les syndicats doivent éviter de devenir les “derniers défenseurs de l’indéfendable”. 

Un programme de Transition juste doit avoir une vision globale, avec une approche souple visant à aider les travailleurs, leurs familles et les communautés dont ils sont issus. Il doit impliquer les travailleurs dès sa conception et doit s’adapter à chaque situation. Un programme de Transition juste devrait même pouvoir aider à la reconversion créative des friches industrielles. Et il doit conserver l’intégrité des travailleurs et de leurs syndicats. 

Obtenir une transition juste vers une économie durable

Les énergies renouvelables vont croître rapidement dans le futur pour constituer une part plus importante du mix énergétique global, mais en attendant, le mouvement syndical doit s’assurer que les travailleurs et travailleuses n’aient pas à payer le prix de l’empreinte écologique de leurs industries.

Il faut que les émissions des gaz à effets serre atteignent leur pic maintenant (février 2016 a déjà été le mois le plus chaud jamais enregistré), sinon l’Accord de Paris visant à conserver le réchauffement climatique sous les 2C° ne pourra pas se matérialiser et les conséquences sociales, économiques et environnementales seront partout dans le monde et pour tous, catastrophiques. 

À certains égards, il y a un recoupement d’intérêts entre le mouvement syndical et des organisations non-gouvernementales (NGO) écologistes, alors que pour d’autres aspects, nous partageons les préoccupations de nos employeurs. L’expertise en matière de transformation industrielle et la manière de rendre ce changement socialement équitable et juste est cependant l’apanage du mouvement syndical.

Dans ce contexte, l’importance de la justice environnementale est claire : dans le monde en développement en particulier, de nombreuses communautés dépendent largement d’une industrie unique, minière par exemple, mais ces exploitations sont souvent les plus négligentes au plan environnemental en raison de la faiblesse ou de l’absence
de réglementations en la matière et de technologies obsolètes.

Une Transition juste n’est pas quelque chose que l’on peut obtenir à la table des négociations. Cela demande des choix délibérés de politiques, élaborées sur base de programmes forts de protection sociale et de politiques industrielles durables qui transformeront les emplois existants de sorte à les rendre plus durables et à en créer de nouveaux, plus verts.

Une Transition juste ne va pas se produire d’elle-même et le soi-disant libre marché ne va pas nous l’offrir. Elle requiert un intense lobbying et des échanges avec, à la fois, les entreprises et les gouvernements. Sinon, les travailleurs seront les victimes de la ruée de dernière minute sur des solutions permettant de se conformer à l’Accord de Paris, sans les nécessaires considérations socio- économiques.

Il est de notre responsabilité de montrer la voie en ce moment crucial de l’histoire. Nous ne pouvons négocier les lois de la physique, mais nous pouvons, et nous le ferons, soutenir des politiques industrielles durables et exiger justice et emplois décents pour tous les travailleurs et travailleuses d’aujourd’hui et de demain. 

LA TRANSITION JUSTE DANS LA RÉALITÉ

La Transition juste s’inspire des politiques que de nombreux gouvernements, en particulier celui des États-Unis, ont mis en place pour réintégrer après la seconde guerre mondiale des milliers de militaires démobilisés au sein de la vie civile active. Un autre exemple plus récent et pertinent est la manière dont l’Allemagne a géré le démantèlement progressif de son industrie du charbon au cours des dernières décennies. Grâce à de bons programmes de protection sociale, des politiques d’ajustement du marché de l’emploi créatives, une collaboration avec les syndicats et un financement adéquat, les travailleurs et les communautés dont ils font partie ont maintenu leur intégrité, démontrant que les résultats sociaux des transitions économiques dépendent des politiques publiques adoptées et que cela peut être accompli. 

L’ORGANISATION INTERNATIONALE DU TRAVAIL ET LA TRANSITION JUSTE

En 2015, Le BIT a convoqué une Réunion d’Experts tripartite pour examiner,
amender et adopter un projet de directives basées sur une compilation et un examen approfondi de la part du Bureau des expériences tirées des politiques nationales et des stratégies sectorielles visant à une durabilité environnementale, l’écologisation des entreprises, l’intégration sociale et la promotion des emplois verts.

Les Principes directeurs de l’OIT pour une Transition juste qui en ont découlé identifient neuf points clé pour gérer les impacts des potentielles réglementations environnementales et promouvoir l’évolution vers des entreprises durables et plus vertes, dans le cadre d’une Transition juste :

  • Cohérence des politiques et dispositions institutionnelles (spécifiques par pays)
  • Dialogue social (multipartite)
  • Politiques macroéconomiques et politiques de croissance
  • Politiques industrielles et sectorielles (emplois plus verts, travail décent)
  • Politiques concernant l’entreprise
  • Politiques de développement des compétences (également de l’éducation)
  • Sécurité et santé au travail
  • Protection sociale (soins de santé, sécurité de revenu, services sociaux)
  • Politiques du marché du travail

L’entrée de l’OIT dans le débat sur la Transition juste est hautement significative. Elle donne pour la première fois au concept une définition acceptée au plan international ainsi qu’une existence institutionnelle au sein d’une agence spécialisée des Nations Unies.