• Cet article est proposé en:
  • en
  • es
  • fr
  • ru
Valter Sanches, Secrétaire général d’IndustriALL, parlant sur le droit de grève, à Istanbul, janvier 2018

Valter Sanches, Secrétaire général d’IndustriALL, parlant sur le droit de grève, à Istanbul, janvier 2018

Travailleurs à SIO AUTOMOTIV

Travailleurs à SIO AUTOMOTIV

Travailleurs à Eskisehir Donuk

Travailleurs à Eskisehir Donuk

Valter Sanches, Secrétaire général d’IndustriALL, parlant sur le droit de grève, à Istanbul, janvier 2018 Travailleurs à SIO AUTOMOTIV Travailleurs à Eskisehir Donuk

Turquie: 130 000 métallurgistes déterminés à faire grève

17.01.2018

Depuis que les syndicats ont rejeté la dernière offre des employeurs, les métallurgistes turcs se préparent à entrer en grève dans quelque 180 lieux de travail, y compris des grandes multinationales telles que Renault, Bosch et Fiat.

L’industrie sidérurgique en Turquie est caractérisée par des salaires bas, des longues heures de travail, des taux élevés d’accidents du travail, d’énormes bénéfices et de très gros rendements. Or, selon l’étude réalisée par Birlesik Metal-Is, 85 pour cent des métallurgistes sont endettés en raison des bas salaires versés dans ce secteur.

Suite aux manifestations massives de mai et juin 2015, les trois syndicats: Birlesik Metal-Is, Celik-Is et Türk Metal, et MESS, l’association des employeurs de l’industrie sidérurgique, ont entamé, depuis octobre 2017, une négociation collective sectorielle dans l’industrie sidérurgique turque.

Les syndicats revendiquaient, à travers la conclusion d’une convention collective de deux ans, des hausses importantes des salaires, des prestations sociales, des indemnités de préavis et de licenciement, des heures supplémentaires et du travail de nuit, des congés payés, ainsi que l’amélioration des mesures de santé et de sécurité, et une assurance-santé complémentaire. MESS leur a offert en retour de faibles augmentations se situant même en dessous du taux d’inflation réalisé au cours d’un contrat de trois ans.

Les négociations ayant échoué au début du mois de décembre 2017, les trois syndicats ont notifié le conflit et ont entrepris des actions de mise en garde, notamment contre la réalisation d’heures supplémentaires. Conformément à la législation turque du travail, un médiateur officiel a été nommé, mais le conflit n’a pas pu être résolu. Le rapport des médiateurs devrait paraître sous peu.

La dernière offre de MESS a été rejetée par les trois syndicats le 11 janvier. Birleşik Metal-İş a qualifié l’offre des employeurs de « frivole » et d’« inacceptable », précisant que les employeurs n’avaient vraiment pas compris le message qui leur avait été envoyé. Pour sa part, Celik-Is a indiqué qu’« Avec cette offre, MESS avait insisté sur son erreur et envoyé une invitation à la crise et au chaos ».

Selon le droit turc, après réception du rapport du médiateur par les syndicats, « une décision d’appeler à la grève peut être prise dans les soixante jours suivant la date de notification du rapport sur le différend, et la date de la grève devrait être communiquée à la partie adverse dans un délai de six jours ouvrables ». Les trois syndicats ont déclaré publiquement leur intention de faire grève.

Avec les antécédents de la Turquie en matière d’interdiction des grèves, il est fortement à craindre que cette grève soit également interdite.

La législation syndicale permet l’« ajournement des grèves », à savoir qu’une grève légale peut être suspendue par le Conseil des Ministres pendant 60 jours par décret si elle nuit à la santé publique ou à la sécurité nationale. Et « si aucun accord n’est conclu avant la date d’échéance de la période de suspension, le Haut Conseil d’arbitrage règle le différend, sur demande de l’une des parties, dans un délai de six jours ouvrables ». Ainsi, les syndicats ne peuvent plus continuer de faire grève après un « ajournement », ce qui équivaut à une interdiction totale de faire grève.

Birlesik Metal-Is a organisé une conférence sur le droit de grève le 13 janvier à Istanbul, et le comité exécutif du syndicat a décidé de demander à tous les autres syndicats de l’industrie sidérurgique en Turquie de faire grève ensemble, et de résister si le gouvernement interdit de faire grève. Le syndicat a également décidé d’appeler tous les autres syndicats représentant les travailleurs dans l’industrie sidérurgique à entamer une grève collective et à faire front si le gouvernement interdit la grève.

Valter Sanches, Secrétaire général d’IndustriALL Global Union, a déclaré lors de la conférence:

Notre famille syndicale mondiale continuera à apporter son plein soutien aux métallurgistes turcs dans leur combat. Le droit de grève est un droit du travail fondamental dont tout travailleur doit pouvoir user.

Le gouvernement turc doit reconnaître ce droit et ne doit en aucune façon l’entraver.

Kemal Özkan, Secrétaire général adjoint d’IndustriALL, a déclaré:

Bien que les métallurgistes en Turquie battent des records de production au sein d’une industrie très rentable, les employeurs ne veulent pas partager ne serait-ce qu’une faible part de cette richesse avec les travailleurs.

L’offre de MESS se moque des métallurgistes. IndustriALL se tiendra à leur côté jusqu’à ce qu’ils obtiennent une meilleure offre.