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Faux cercueils surmontés de casques disposés par des manifestants à Istanbul, le 25 mai 2014, peu de temps après la catastrophe. Photo : Reuters – Can Erok

Un tribunal condamne les patrons de Soma à des peines atteignant 22 ans de prison pour la catastrophe minière la plus meurtrière de Turquie

13.07.2018

À l’issue de quatre années de procédure judiciaire, un tribunal pénal local de Turquie a attribué des peines de prison à l’ancienne direction de la mine de Soma comme suite à la mort de 301 personnes dans la pire catastrophe minière du pays, survenue en mai 2014.

Le verdict du tribunal d’Akhisar, ville située à 50km de Soma, dans l’ouest de la Turquie, a été proclamé le 11 juillet, après trois ans de procès.

Le directeur général de la mine Ramazan Dogru et le directeur technique Ismail Adali ont été condamnés à vingt-deux ans et six mois de prison et le directeur des opérations Akin Celik ainsi que le superviseur technique Ertan Ersoy à dix-huit ans et neuf mois.

Le PDG de la mine, Can Gurkan, a été condamné à quinze ans de prison.

Alp Gurkan, père du PDG Can Gurkan et Président la Compagnie des Mines de Soma, propriétaire de la mine, a été acquitté ainsi que 36 autres inculpés. Sur les 51 inculpés, 9 autres directeurs de la mine ont été condamnés à des peines de prison allant de six à onze ans.

Les procureurs avaient requis des peines de prison de vingt-cinq ans au nom de chacune des 301 victimes.

Cependant, les familles des victimes, la société civile et les syndicats sont en colère, parce que les inculpés ont été accusés de négligence plutôt que de meurtre, ce qui était la prévention retenue par les procureurs lorsque le procès a commencé en avril 2015.

Les 301 mineurs sont décédés de manière insensée dans la mine de Soma à la suite d’une exposition au monoxyde de carbone et à des gaz toxiques consécutive à une explosion dans un des puits. Les rapports ont montré que du charbon s’était consumé pendant plusieurs jours avant l’explosion du 13 mai 2014, conduisant à l’accumulation de gaz mortels.

“La conscience collective n’a pas été apaisée,” a déclaré Turk-Is, la Confédération des syndicats turc, à laquelle Maden-Is est affilié. Maden-Is, également affilié à IndustriALL est le syndicat qui représente les mineurs de Soma. “À l’analyse des causes et des conséquences de la catastrophe de Soma, nous avons sans cesse souligné qu’il ne s’agissait pas d’un accident, mais d’un massacre. Toutes les preuves ont montré qu’il y avait eu négligence grave, à un point qui dépasse largement l’imprudence ou l’incurie.”

“La justice à Soma a été bafouée” a asséné la Confédération des syndicats progressistes (DISK), exprimant sa colère. “À Soma, notre chagrin est encore frais. Il est impossible pour nous d’accepter ce verdict. Nous n’oublierons pas, nous ne nous effacerons pas, nous ne pardonnerons pas.”

Un rapport officiel accablant sur la catastrophe de Soma a montré que la mine était un piège mortel. Les détecteurs d’alarme ont été ignorés, les rapports de sécurité trafiqués et les systèmes de ventilation laissés défectueux, pour ne citer que quelques infractions graves.

“Ce verdict est totalement inacceptable, car il est loin des attentes de l’opinion publique, au vu de l’ampleur de la catastrophe” a déclaré le Secrétaire général adjoint d’IndustriALL, Kemal Özkan, qui ajoute :

“Il est certain que les familles des mineurs tués seront scandalisées par cette décision. Ensemble avec des syndicats de mineurs venus du monde entier, nous leur avons rendu visite dans leurs villages et que justice soit faite était leur attente principale. Mais on dit en Turquie : la montagne a accouché d’une souris. IndustriALL Global Union va continuer à suivre cette affaire jusqu’à ce qu’une vraie justice émerge.”