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Étude de cas : Glencore en Colombie

02.08.2018

La Colombie est l’un de ces pays richement dotés en ressources minières et déchirés par des conflits qui a la faveur de Glencore. L’entreprise est bien connue dans le pays pour ses infractions aux règles d’environnement et aux droits des travailleurs, y compris en matière de santé et sécurité et de liberté syndicale.

En 2006 déjà, il y avait eu des soupçons de corruption et de graves violations des droits de l’homme et l’on avait vu le syndicat local, Sintracarbón, un affilié d’IndustriALL Global Union, accuser la compagnie d’expropriations forcées et d’évacuations de villages entiers dans le but de pouvoir mettre en œuvre une exploitation minière avec la complicité des autorités colombiennes.

Glencore compte différents intérêts en Colombie, dont sa filiale Prodeco, qui possède deux mines adjacentes (La Jagua et Calenturitas), un terminal d’exportation de charbon (Puerto Nuevo), ainsi qu’une participation dans le chemin de fer qui achemine le charbon vers le terminal. Prodeco emploie environ 6.000 personnes.

Prodeco exploite les deux mines, le chemin de fer et le terminal portuaire par le biais de cinq filiales, en dépit de l’exigence formulée par les autorités colombiennes que les activités soient intégrées au sein d’une seule entité économique. Toutes ces composantes sont dirigées depuis le même étage d’un bâtiment à Barranquilla et se partagent les mêmes hauts dirigeants.

Selon Sintracarbón, les travailleurs et travailleuses des mines de La Jagua et Calenturitas sont soumis à des conditions d’emploi et de travail différentes et il leur est refusé de négocier ensemble en tant que syndicat ayant un employeur commun. Répartir la structure de propriété rend plus difficile pour le syndicat d’identifier un partenaire responsable avec qui négocier et résoudre les problèmes.

Saper les syndicats

Sintracarbón fait état du fait que Prodeco a enfreint de manière flagrante le droit à la liberté syndicale au sein de sa mine de Calenturitas en discriminant les adhérents et dirigeants syndicaux, en interférant avec le droit des travailleurs et travailleuses à choisir librement leur affiliation syndicale et en sapant le processus de négociation collective.

La direction applique également une discrimination à l’encontre des dirigeants syndicaux en modifiant leurs horaires ou leurs affectations, en leur appliquant des mesures disciplinaires draconiennes, dont des licenciements ou des suspensions multiples pour la même faute, ou en les mettant en congé payé pour les marginaliser.

Les syndicalistes sont traités comme des citoyens de seconde classe, sont persécutés et empêchés d’exercer leurs droits,

explique Blanco, une dirigeante syndicale.

Glencore a persuadé des adhérents de démissionner du syndicat en maniant à la fois la carotte et le bâton. En 2014, il y avait 67 plaintes concernant les relations de travail contre la filiale colombienne de Glencore, Prodeco, 46 étant toujours soumises à enquête en 2017. Prodeco a dû payer près de 500.000 dollars d’amende en lien avec ces griefs.

Santé et sécurité

À la mine de Calenturitas, la priorité est à la productivité au détriment de la santé et de la sécurité. Des politiques inefficaces en matière de sécurité dans l’exploitation et de santé professionnelle, compte tenu du haut risque que comporte l’activité minière, ont conduit à la survenance de nombreuses maladies professionnelles, sans parler de journées de travail de 12 heures, ce qui est illégal, de routes en mauvais état, des fortes vibrations de l’équipement et des niveaux de pollution élevés qui affectent la santé des travailleurs et travailleuses. En août 2017, Sintracarbón a rapporté 13 accidents du travail survenus en moins d’un mois. En janvier 2018, une victime d'accident a perdu la vie.

Infractions aux règles d’environnement

Glencore a enfreint de nombreuses règles d’environnement. En janvier dernier, 50.000 gallons de gasoil ont été déversés dans le sous-sol de Puerto Nuevo en raison du percement de l’une des citernes de stockage, d’une maintenance inefficace et d’un manque de contrôle. Glencore a tenté de cacher les faits auprès des autorités environnementales,

a indiqué la présidente de Sintracarbón Ciénaga, Claudia Blanco.

En 2010, après avoir constaté que les niveaux de pollution atmosphérique résultant de l’exploitation minière dépassaient les limites légales, mettant en péril la santé et la vie des personnes vivant à proximité des mines, le Ministère colombien de l’environnement a ordonné à Prodeco et aux autres entreprises de reloger les populations de Boqueron, Plan Boninto et El Hatillo.

Les entreprises ont attendu deux ans avant de lancer les processus et aucun d’entre eux n’est à son terme. Il y a eu des infractions au droit des communautés concernées à participer au processus et à avoir accès aux informations.

Externalisation

Le personnel est recruté par le biais de l’agence Manpower. La stabilité de l’emploi et le droit à un travail décent sont mis en cause et les salaires se ressentent du fait que les dispositions conventionnelles ne sont pas d’application. La liberté syndicale est en danger, car ces salariés ne peuvent pas se syndiquer. S’ils le font, leur contrat à court terme n’est pas renouvelé.