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Les travailleurs de la chimie dispersés violemment par les autorités en Géorgie

03.02.2017

Des travailleurs qui protestaient contre leur licenciement illégal à l'usine d'engrais Rustavi Azot, en Géorgie, ont été brutalement évacués des bâtiments par la police; beaucoup souffrent de côtes cassées et d'autres lésions.

Le Syndicat des travailleurs de la métallurgie, la mine et la chimie de Géorgie (TUMMCIWG), affilié à IndustriALL Global Union, a organisé le 2 février une action de soutien à 350 licenciés illégalement. Par solidarité avec les demandes de réintégration des travailleurs, des leaders de pratiquement tous les syndicats de branche, des membres d'autres syndicats, des étudiants et des ONG s'étaient joints à la manifestation.

Frustrés de l'absence de réaction de Rustavi Azot à leurs protestations contre ces licenciements abusifs depuis près d'une semaine, les travailleurs avaient décidé de pénétrer dans le bâtiment de la direction pour obtenir des éclaircissements du directeur quant à l'issue du conflit. Les vigiles ont eu recours à la force pour tenter de leur bloquer l'accès à l'immeuble. Peu après, des policiers arrivés en grand nombre l'ont encerclé et c'est à ce moment que la violence a éclaté. Des témoins oculaires ont déclaré que les policiers ont passé à tabac des participants, indifféremment de leur âge et de leur sexe.

Certains manifestants ont eu des côtes fracturées et d'autres ont subi des lésions corporelles. La police a aussi malmené des journalistes qui commentaient les faits en direct. Tout cela alors que les travailleurs et les sympathisants avaient commencé à évacuer les lieux.

Plus tard dans la journée, une réunion de quatre heures à l'initiative du ministre du Travail a rassemblé des représentants des travailleurs licenciés, parmi lesquels Irakli Petriashvili, le Président de la Confédération des syndicats de Géorgie. Commentant les résultats de la direction, il a déclaré que la direction refusait d'accéder aux revendications des travailleurs et que, par conséquent, les actions de protestation allaient se poursuivre.

En janvier 2017, la nouvelle direction de cette usine chimique de Géorgie, premier producteur d'engrais du Caucase, a entamé un processus de licenciements massifs.

Le 30 janvier, la production a cessé en raison du prix élevé du gaz naturel. D'après les informations fournies par le TUMMCIWG, ces licenciements sont contraires à la loi et ils auraient pu être deux fois plus nombreux sans ces actions de protestation. À la suite des manifestations, la direction n'a plus procédé à des licenciements et a annoncé des indemnités de licenciement égales à trois mois de salaire de 500 Lari (185 $) à tous ceux qui ont été licenciés. Cette offre n'a été faite qu'après la rencontre du TUMMCIWG avec des représentants des autorités municipales, le ministre du Travail et le Président de la Commission parlementaire des droits de l'homme.

Parallèlement à ces licenciements, Rustavi Azot enfreint la loi en obligeant ceux qui ont conservé leur emploi à signer de nouveaux contrats qui réduisent fortement leurs conditions de travail. Ceux qui refusent de signer sont menacés de renvoi.

Pour le Président du TUMMCIWG, Tamaz Dolaberidze :

"La direction convoque les travailleurs et insiste pour qu'ils signent sur-le-champ un nouveau contrat de travail, un document de cinq pages en petits caractères. Sa simple lecture prendrait plusieurs heures. Pouvoir le comprendre et obtenir l'avis d'un juriste demanderait probablement plusieurs jours. La direction ne laisse pas cette possibilité aux travailleurs."

D'après Tamaz Dolaberidze, le nouveau contrat de travail dégrade radicalement la situation dans l'emploi des travailleurs par rapport à son prédécesseur. À titre d'exemple, il n'a qu'une durée d'un an alors que le précédent avait une durée indéterminée. Les travailleurs se voient aussi imposer de nouvelles obligations sans rapport avec leur travail et s'exposent à des amendes s'ils ne s'y conforment pas.

Le Secrétaire général d'IndustriALL, Valter Sanches, avait  déploré les violences contre les travailleurs dans une lettre adressé au Président géorgien avant la manifestation du 2 février. Il écrivait :

"Il est impératif que le gouvernement géorgien intervienne immédiatement pour assurer la réintégration immédiate des 350 travailleurs qui ont été licenciés illégalement, exige l'abrogation de tous les contrats signés sous la contrainte, impose que les nouveaux contrats soient signés en présence d'un délégué syndical, exige que Rustavi Azot se conforme à la convention collective conclue auparavant, et garantisse l'efficacité et l'équité du processus de médiation organisé sous les auspices du ministère du Travail et qui est malheureusement dans l'impasse."

Vidéo amateur des violences contre les manifestants