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11 mai, 2026Le 29 avril dernier, KONE Corporation et TKE ont annoncé que KONE et un consortium piloté par Advent et Cinven avaient conclu un accord en vue de la fusion des deux groupes dans le cadre d’une transaction en numéraire et en actions, ce qui implique une valeur d’entreprise totale de 29,4 milliards d’euros (34,6 milliards de dollars) pour TKE. Ce contrat a été signé sans consultation préalable des syndicats et des représentants des travailleuses et travailleurs les privant ainsi de leurs droits légaux en la matière.
Si elle était approuvée par les autorités de régulation, cette acquisition, la plus marquante de l’histoire des entreprises finlandaises et l’un des désengagements de capitaux privés majeurs en Europe, donnerait naissance au plus grand fabricant d’ascenseurs et d’escaliers mécaniques au monde. Les principaux sujets de discussion portent sur la prise de contrôle de TK Elevator par KONE et ses effets potentiels sur les droits des travailleuses et travailleurs. Par cette opération, la multinationale emploierait plus de 100.000 salariés dans plus de 100 pays différents.
Les travailleuses, les travailleurs et leurs représentants ont appris la nouvelle en même temps que le reste du monde, par la presse financière. Le PDG leur a, par ailleurs, adressé un e-mail pour les informer une fois l’annonce publiée.
C’est inadmissible. Ce communiqué constitue une grave violation de l’accord-cadre signé en 2021 entre TK Elevator, le Comité d’entreprise du groupe, IG Metall et IndustriALL. TKE elle-même considère ce texte comme un garde-fou essentiel pour la protection des droits humains et des droits des travailleurs à l’échelle mondiale. De plus, elle viole clairement les accords du CEE et du Conseil mondial des travailleurs, signés respectivement en 2022 et 2024. Ceux-ci établissent des droits à l’information et à la consultation.
Une confiance trahie
La réaction des représentants syndicaux a été immédiate et sans aucune ambiguïté. Knut Giesler, Vice-président du Conseil de surveillance de TKE et Responsable régional d’IG Metall pour la Rhénanie-du-Nord-Westphalie, a qualifié cette annonce de scandaleuse. Il l’a en outre qualifiée d’attaque directe contre les droits de cogestion des travailleuses et travailleurs en Allemagne, en Europe et dans le monde. IG Metall a exigé la tenue d’une réunion extraordinaire du Conseil de surveillance de la société.
Dans le jargon propre aux marchés financiers, les 700 millions d’euros (824 millions de dollars) de synergies annuelles prévues signifient tout bonnement des suppressions d’emplois. Cela représente une menace directe pour des dizaines de milliers de salariés de TKE à travers le monde.
Christiane Benner, Présidente d’IG Metall et d’IndustriALL :
« La cession de TK Elevator à KONE ne doit pas se faire au détriment des salariés. Nous n’accepterons pas le sacrifice de milliers d’emplois de qualité sous le prétexte de synergies. Quiconque soutient cette fusion doit également garantir la préservation des emplois et des implantations, le respect de la cogestion et la création d’opportunités pour le personnel. Toute autre issue se heurtera à une opposition inflexible de notre part. »
Et c’est pourquoi nous nous battrons pour que :
Aucun site ne soit isolé.
Aucun pays ne soit opposé à un autre.
Aucun salarié ne soit laissé pour compte.
« D’un point de vue européen, cette annonce constitue une violation flagrante tant de l’esprit que de la lettre des accords du Comité d’entreprise européen chez KONE et chez TK Elevator. Plus de 45.000 travailleuses et travailleurs en Europe sont directement concernés par ce projet d’acquisition et pourtant leurs représentants élus ont été complètement mis à l’écart. C’est inacceptable. Avant que toute nouvelle mesure ne soit prise, KONE et TK Elevator doivent se conformer pleinement à leurs obligations existantes en matière d’information et de consultation. Si cette opération doit se poursuivre, elle doit s’inscrire dans un projet de croissance qui profite également aux salariés, grâce à la sécurité de l’emploi, au respect de la négociation collective ainsi qu’à une information et une consultation préalables et complètes »
a déclaré Judith Kirton-Darling, Secrétaire générale d’industriAll Europe.
La question à laquelle KONE doit répondre
KONE n’a pris aucun engagement public quant au respect des accords existants de TKE. L’entité issue de la fusion aura son siège en Finlande. L’architecture actuelle de cogestion de TK Elevator comprend la structure du Conseil de surveillance, le Comité d’entreprise du groupe, le Comité d’entreprise européen, le Conseil mondial des travailleurs ainsi que l’accord-cadre mondial (ACM) lui-même. Cependant, son avenir semble incertain sous la nouvelle direction à moins que KONE n’assume toutes ces obligations de manière formelle et explicite.
Le Secrétaire général d’IndustriALL, Atle Hoie, a déclaré :
« L’annonce de l’acquisition de TK Elevator par KONE constitue une violation directe de l’ACM et de l’accord avec le Conseil mondial des travailleurs signés entre IndustriALL et TK Elevator en 2021 et 2024. Loin d’une simple formalité, ceux-ci instaurent l’engagement contraignant de consulter les travailleuses et travailleurs avant que des décisions de cette ampleur ne soient prises et non à posteriori. Plus de 100.000 membres du personnel à travers le monde ont appris le plus grand changement de l’histoire des deux entreprises par la presse financière. C’est intolérable. Il n’y aura aucune coopération syndicale dans le cadre de cette transaction à moins que nos accords ne soient pleinement respectés. »
Une action immédiate
IndustriALL et industriAll Europe coordonnent leurs efforts avec leurs affiliés, notamment IG Metall et les membres finlandais, pour garantir que les travailleuses et travailleurs des deux parties prenantes à cette transaction aient leur mot à dire.
Le processus d’examen antitrust devrait durer au moins jusqu’à la mi-2027. Ce délai ne fait pas uniquement référence à une démarche réglementaire ; il est à prendre comme une opportunité. Durant cette période, les syndicats n’auront de cesse de se battre chaque jour pour leurs emplois.
Une société d’investissement privé a racheté TK Elevator en 2020. La main-d’œuvre a déjà payé le prix de cette transition. Elle ne sera pas une nouvelle fois laissée pour compte.
La plus grande entreprise mondiale d’ascenseurs ne devrait pas se construire sur le dos de salariés qui n’ont jamais été consultés.
Ceux-ci ne sont pas l’objet de cet accord, ils en sont le fondement. Au bout du compte, ce sont eux qui ont créé la valeur et ils doivent être traités avec reconnaissance et respect.
