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Briser les barrières : l’inclusion des LGBTQI+ en Asie

17 mai, 2023Dans toute l’Asie, les syndicats prennent des mesures pour promouvoir l’inclusion et les opportunités pour les travailleurs LGBTQI+. Qu’il s’agisse de remettre en cause les pratiques discriminatoires ou de créer des lieux de travail sûrs et équitables, les syndicats prouvent qu’ils peuvent être porteurs de changement.

Voici quelques exemples de progrès réalisés au Sri Lanka, en Thaïlande et en Inde.

Promouvoir le changement au Sri Lanka : la montée en puissance d’un syndicat national de transgenres

L’affilié d’IndustriALL NUMMS au Sri Lanka soutient activement la formation d’un syndicat transgenre, dans le but de créer une société plus inclusive, équitable et juste, où les travailleurs transgenres puissent jouir de l’égalité des droits, de la dignité et d’opportunités sur le lieu de travail et au-delà.

Au Sri Lanka, la lutte pour les droits des transgenres a atteint de nouveaux sommets, les syndicats se rassemblant pour soutenir la création d’un syndicat national des transgenres. Le 1er mai de cette année, des travailleurs transgenres se sont joints à une importante marche syndicale au Sri Lanka, main dans la main avec les syndicats, avec un message commun :

“Nous revendiquons des droits pour les personnes transgenres”

Le 1er mai 2023 au Sri Lanka

Ce parcours transformateur met en lumière les luttes auxquelles sont confrontées les personnes transgenres et la résilience dont elles font preuve pour obtenir la place qui leur revient au sein du mouvement syndical.

“Les personnes transgenres ne sont protégées par aucune politique ou loi au Sri Lanka. La C190 est apparue comme une opportunité et nous a permis de questionner ouvertement les politiques du gouvernement et son agenda concernant les travailleurs transgenres et leur protection. Le président du syndicat des travailleurs transgenres travaille d’arrache-pied sur ce sujet et nous le soutenons”.

a déclaré Sulani Mendis, recruteur syndical du NUMMS.

En s’engageant activement auprès des travailleurs transgenres et de leurs alliés, les syndicats du Sri Lanka jouent un rôle essentiel dans le démantèlement des pratiques discriminatoires et dans la défense de protections juridiques complètes. Le NUMMS estime qu’il est possible de remodeler le paysage des droits du travail pour les personnes transgenres dans l’ensemble du pays.

La législation est essentielle pour protéger les communautés marginalisées et constitue un outil que les syndicats peuvent utiliser et pour lequel ils peuvent se battre.

Vipawan Boksantea est responsable pour le recrutement au sein du Syndicat thaïlandais TAM (métallurgie et pièces détachées automobiles). Elle est également membre active du groupe de travail des jeunes du CILT.

Vipawan à la conférence de la jeunesse aux Philippines

“Voir les travailleurs LGBTQI+ s’exprimer librement et servir d’inspiration aux autres fait que mon travail en vaut la peine !”

a déclaré Vipawan.

La Thaïlande a réalisé des progrès notables en matière de reconnaissance et de protection des droits des personnes LGBTQI+.

La Thaïlande est connue pour être l’un des pays les plus progressistes d’Asie en matière de reconnaissance juridique des personnes transgenres. En 2015, le gouvernement a adopté une loi sur l’égalité des sexes, qui offre une protection juridique contre la discrimination fondée sur l’identité de genre. En outre, la Thaïlande autorise les personnes transgenres à modifier leur sexe légal sur les documents d’identité, ce qui permet de les reconnaître et de les accepter.

Bien que la Thaïlande a fait des progrès en matière de droits des personnes LGBTQI+, des défis et des discriminations subsistent. Les efforts visant à garantir des protections juridiques complètes, à lutter contre la stigmatisation sociale et à promouvoir une plus grande inclusion sont des objectifs permanents pour la communauté LGBTQI+ et ses alliés en Thaïlande.

Le gouvernement thaïlandais n’a pas d’interdiction ou de politique explicite empêchant les personnes LGBTI de travailler dans le secteur public en raison de leur orientation sexuelle ou de leur identité de genre. Mais il reste très conservateur et relativement fermé aux travailleurs LGBTQ+.

Vipawan s’est épanouie dans un secteur dominé par les hommes en tant que femme appartenant à la communauté LGBTQI+. Elle a bénéficié d’opportunités qui n’ont jamais remis en question son identité de genre ou son orientation sexuelle, en faveur de ses compétences en tant que travailleuse et militante syndicale.

La législation joue un rôle important dans l’acceptation au sein des communautés et sur les lieux de travail. En tant que syndicats, nous avons un rôle à jouer dès lors qu’il s’agit de faire pression sur les gouvernements et de modifier des politiques afin de rendre les sociétés plus inclusives et de garantir la protection de tous les travailleurs, quel que soit leur sexe.

Entrer sur le marché du travail en conservant son identité sexuelle

TATA est l’une des plus grandes entreprises indiennes et joue un rôle important dans la communauté de Jamshedpur, où elle est implantée.

L’entreprise a une histoire complexe avec ses syndicats et sa main-d’œuvre, marquée à la fois par le conflit et la coopération. Ces dernières années, TATA a fait preuve d’un engagement en faveur du dialogue, de la coopération et du bien-être des salariés, reflétant une évolution vers des relations plus positives et productives avec ses syndicats et son personnel.

L’entreprise TATA est devenue une lueur d’espoir pour les travailleurs LGBTQI+ en quête d’acceptation et d’égalité des chances en Inde. L’entreprise a mis en œuvre des politiques qui privilégient l’inclusion et favorisent une culture du respect.

IndustriALL a rencontré un groupe de travailleurs transgenres et de stagiaires dans les installations de formation de TATA à Jamshedpur, afin de comprendre comment l’entreprise les a contactés et ce qui a été mis en place pour qu’ils fassent partie intégrante du personnel.

L’entreprise a annoncé son cours de formation pour la communauté LGBTQI+ par le biais de portails pour l’emploi et d’ONG dans tout le pays et a activement fait connaître son programme de formation. L’entreprise s’est également efforcée de contribuer à la formation des salariés de TATA, des formateurs et du personnel d’atelier pour qu’ils apprennent et acceptent cette diversité supplémentaire qui sera introduite au sein du personnel. Il s’agit là d’une étape essentielle pour garantir l’intégration totale des stagiaires au sein des effectifs.

Centre de formation TATA à Jamshedpur

Yashasvi

“Ma famille n’a pas accepté mon coming out et mon éducation et mes objectifs futurs en ont été affectés parce que je n’étais pas accepté. Certaines personnes tombent dans la toxicomanie et n’ont plus aucun avenir.”

Rohan

“Le lieu de travail est plus accueillant aujourd’hui qu’en 2022. Le programme de mentorat de TATA et le système de compagnonnage qui nous permet de partager nos problèmes avec nos aînés nous ont beaucoup aidés. Mon coming out en tant que transgenre en 2017 m’a obligée à quitter l’école et à entrer dans le secteur informel, qui consiste principalement en un travail rémunéré à la journée et sur plateforme. Je viens d’une petite ville du Bengale occidental où le simple fait de porter un pantalon en tant que femme n’est pas accepté.”

Shukla

“C’est ainsi que j’ai toujours été, ma mère pensait que ce serait quelque chose qui passerait mais ça n’a pas été le cas, ce qui a créé des problèmes d’acceptation à la maison. Je suis originaire de Calcutta où je travaillais dans la finance, les gens ne m’acceptaient pas sur mon ancien lieu de travail. Ici, on m’accepte pleinement en tant que personne.”

“Vous entrez chez TATA avec votre identité sexuelle intacte ! C’est extrêmement important”.

Raj

“Ma famille a accepté ma transition, mais j’ai été victime de discrimination à l’université, car mon nom de naissance était un nom féminin. Mes camarades me jugeaient sur mon identité sexuelle. J’ai fait des petits boulots dans le secteur informel, ce qui n’était pas facile du tout, avant de postuler à la formation chez TATA.”

Aarav

“J’ai été victime de discrimination dans mon quartier. On disait à ma mère que j’étais une fille qui se comportait comme un garçon. Je n’ai pas subi de violence, mais un jour, mon père s’est mis en colère et s’est débarrassé de tous mes vêtements masculins. Je n’ai pas pu terminer l’école et j’ai dû faire des petits boulots pour survivre.”

Anubhav

“Mon frère aîné est également un homme transgenre, ce qui m’a poussé à cacher mon identité en grandissant, car je ne voulais pas que ma famille soit davantage perturbée. Pendant mon enfance, j’ai pris contact avec un entraîneur sportif, je me suis entraîné en tant qu’athlète et j’ai même représenté ma province. Cela m’a beaucoup aidé, car je passais beaucoup de temps loin du regard discriminatoire de ma famille et de mon voisinage.”

L’affilié d’IndustriALL chez TATA ne soutient pas seulement les efforts de l’entreprise pour créer des espaces sûrs pour les travailleurs transgenres, mais explore également les possibilités de les inclure au sein des structures syndicales afin de rendre les organisations plus inclusives. TATA fait sa part en termes de devoir de diligence envers les salariés et les travailleurs doivent s’en inspirer.

La création de syndicats plus inclusifs ne doit pas être un objectif, mais une réalité.

Les syndicats peuvent être des catalyseurs du changement en faisant progresser l’inclusion des LGBTQI+ sur le lieu de travail et dans la société en général. En remettant en cause les pratiques discriminatoires, en favorisant la prise de conscience et en créant des espaces sûrs, ces syndicats jettent les bases d’un avenir où tous les travailleurs pourront s’épanouir, quelle que soit leur orientation sexuelle ou leur identité de genre.

Les syndicats, parfois en collaboration avec les employeurs, peuvent créer un environnement plus inclusif et plus favorable pour tous. L’expérience des travailleurs LGBTQI+ qui ont trouvé l’autonomie et la reconnaissance prouve que la diversité améliore la productivité et peut contribuer à un avenir prospère pour les employeurs et les travailleurs.

La création de syndicats plus inclusifs ne devrait pas être un objectif, mais une réalité, car la main-d’œuvre est déjà en train de changer. Les travailleurs sont déjà diversifiés et les syndicats doivent prendre leurs problèmes au sérieux. Les syndicats doivent se doter d’une structure inclusive, car cela leur permettra d’être à l’avant-garde des luttes des travailleurs et travailleuses d’aujourd’hui.

“Les syndicats doivent défendre tous les travailleurs et travailleuses, quelle que soit leur origine. Ces exemples du Sri Lanka, de Thaïlande et d’Inde témoignent d’un engagement très fort en faveur de l’inclusion des travailleurs LGBTQI+ pour renforcer ces communautés, mais aussi pour renforcer le mouvement syndical en général. Nous avons besoin de plus d’exemples de ce type,”

a indiqué Atle Høie, Secrétaire général d’IndustriALL.