17 avril, 2026En Inde, le 14 avril dernier, au moins vingt personnes ont été tuées et près de cinquante autres blessées par l’explosion d'une conduite de vapeur à haute pression au sein d’une centrale électrique de Vedanta, dans l'État du Chhattisgarh. Le bilan devrait s'alourdir.
Les enquêtes préliminaires révèlent une pression excessive causée par une accumulation de combustible à l’intérieur de la chaudière, confirmant que l’incident aurait pu être évité.
La centrale ne dispose d’aucune représentation syndicale et d’après nos informations, les syndicats n’ont pas pu accéder au site. Cela soulève de graves inquiétudes quant à la supervision de la sécurité et à la responsabilité de l’entreprise.
Défaillance systémique
Les données officielles montrent qu’en 2022, l’Inde comptait 268.747 usines en activité mais seulement 6.244 agents de sécurité, soit un pour quarante usines, rendant toute inspection efficace impossible. Sur les 4.036 accidents du travail enregistrés cette année-là, 1.053 ont provoqué la mort. Plus d’un incident signalé sur quatre s’est soldé par un décès, ce qui reflète à la fois la gravité des accidents et une probable sous-déclaration de la part des entreprises.
Lors d’un webinaire régional sur la santé et la sécurité au travail (SST) en Asie du Sud, organisé par IndustriALL le 15 avril dernier, les syndicats ont réitéré leurs préoccupations à ce sujet. Ils ont pointé que la légèreté des systèmes d’inspection, l’application laxiste de la réglementation et l’absence des travailleuses et travailleurs dans les débats constituent les principaux facteurs à l’origine des accidents du travail récurrents.
Au Pakistan, les syndicats ont signalé des accidents mortels à répétition dans les secteurs de l’énergie et du textile, dus à une application insuffisante des normes et à la précarité des conditions de travail. Au Bangladesh, les améliorations en matière de SST restent inégales en dehors du secteur de l’habillement, les salariés d’autres domaines d’activité restant exposés aux risques.
Ces exemples montrent que l’accident de Singhitarai est symptomatique de défaillances régionales plus larges en matière d’application de la loi et de responsabilité des entreprises.
Responsabilité assumée des entreprises, une indemnisation ne suffit pas
La responsabilité des entreprises ne peut se limiter à des annonces d’indemnisation. Sans responsabilité assumée de leur part, il sera impossible de sortir de l’engrenage.
Sanjay Singh, Secrétaire général de la Fédération nationale indienne des travailleurs de l’électricité et membre du Comité exécutif d’IndustriALL, a déclaré :
« Il ne s’agissait pas d’un accident imprévisible. Exploiter des installations obsolètes et déclassées sous une charge excessive constitue un cas flagrant de négligence. La véritable question consiste à savoir comment une telle centrale a pu être autorisée à fonctionner dès le départ. »
Sanjay Vadhavkar, Secrétaire général de la Fédération indienne des travailleurs de la sidérurgie, de la métallurgie et de l’ingénierie et membre du Comité exécutif d’IndustriALL, a indiqué :
« D’après les informations disponibles, cet accident aurait pu être évité et ces vies épargnées grâce à des systèmes de sécurité adéquats. La hausse des accidents du travail en Inde reflète l’érosion des contrôles de sécurité, la faiblesse des inspections et le recours à l’auto-certification. L’assouplissement des lois en matière de sécurité au profit de l’industrie met les salariés en danger. Les syndicats continueront de se battre pour des environnements de travail sécurisés. »
Atle Høie, Secrétaire général d’IndustriALL, a déclaré :
« La sécurité des travailleuses et travailleurs est une obligation fondamentale en vertu des conventions n° 155 et n° 187 de l’OIT. Cette tragédie met en évidence de graves défaillances en matière d’application de la loi et de responsabilité. Elle fait ressortir le rôle essentiel de la représentation des travailleuses et travailleurs dans l’identification des risques et la prévention des accidents. L’entreprise doit assumer sa pleine responsabilité, assurer une transparence totale quant aux causes de l’explosion et garantir que son personnel puisse se syndiquer et être représenté afin d’empêcher que de telles tragédies ne se reproduisent. »
