20 octobre, 2026Quarante-deux adhérents de la section locale 12 d’Unifor, tous membres du personnel de l’usine de papier de verre Saint-Gobain de Plattsville, au Canada, sont en grève depuis le 24 juillet dernier pour défendre leurs retraites. Ces salariés soutiennent que l’entreprise n’a pas revu sa proposition à la hausse.
Laura Gillespie travaille dans cette usine depuis 30 ans. « Je me suis sentie idiote, car je pensais qu’ils se souciaient peut-être un peu de nous », explique-t-elle. « Mais ce qui se passe me prouve que c’est loin d’être le cas, en fait. Pour eux, on n’est que des chiffres. »
Les fonds sont disponibles
Laura Gillespie précise que les salariés ont voté en faveur de la grève parce que l’entreprise refusait de communiquer quant à la solidité du fonds de retraite. « Nous savons que les montants destinés à payer nos pensions sont bien disponibles et l’entreprise n’est tout bonnement pas disposée à nous accorder une augmentation équitable », ajoute-t-elle.
Unifor, organisation membre d’IndustriALL, a réclamé une augmentation de 10 dollars canadiens (7 dollars américains) du coefficient de retraite mensuel, c’est-à-dire le montant de la retraite acquise pour chaque année de service. En retour, Saint-Gobain a proposé 3 dollars canadiens (2 dollars américains). « Ils n’ont même pas cherché à négocier. Ils ont simplement dit non, 3 dollars canadiens, pas un cent de plus », déplore-t-elle.
Lana Payne, Présidente nationale d’Unifor, affirme, quant à elle, que le régime dispose de 1,71 dollar d’avoirs pour chaque dollar dû aux membres.
« Une telle solidité financière renforce notre argumentaire en faveur d’une amélioration significative des prestations »
assure-t-elle.
La proposition concerne les salariés partant à la retraite dans le cadre de la prochaine convention collective et non les retraités actuels.
Vivre de ses économies
Juste avant la grève, Laura Gillespie a perçu une somme d’argent provenant de la succession de son défunt père. Elle avait prévu d’acheter une voiture mais elle utilise cette enveloppe pour joindre les deux bouts.
« J’ai demandé à mon courtier de reporter certaines échéances de mon prêt hypothécaire jusqu’à ce que je reprenne le travail. Je commence sérieusement à manquer d’argent »
confie-t-elle.
De nombreux collègues sont à la recherche d’un emploi. De son côté, Laura Gillespie a brigué un poste à temps partiel, sans succès.
Des travailleurs de remplacement
Des effectifs de remplacement arrivent en bus tous les matins. « Ils se montrent dédaigneux. Ils se moquent de nous », témoigne-t-elle. « Je leur dis : vous ôtez le pain de la bouche de mes enfants. »
Plus proches que jamais
Le piquet de grève fonctionne 24 heures sur 24 ; selon Laura Gillespie, il a permis le rapprochement de collègues qui se croisaient rarement en raison d’horaires différents. Le syndicat a fourni de la nourriture, des tentes, des radiateurs et des cartes-cadeaux.
« C’est très réconfortant de savoir que nous sommes toutes et tous des camarades », dit-elle à propos des messages de soutien venus du monde entier.
Lana Payne souhaite délivrer un message aux travailleuses et travailleurs à travers le monde : « Même si les régimes de retraite diffèrent d’un pays à l’autre, nous partageons un objectif commun : une rémunération équitable pour notre travail et la sécurité de notre retraite ».
« Ces salariés ne demandent pas l’impossible. Ils souhaitent bénéficier d’une part équitable d’un régime de retraite qui jouit d’une bonne santé financière »
a déclaré Atle Høie, Secrétaire général d’IndustriALL. « Leur courage est une source d’inspiration pour les travailleuses et travailleurs affiliés à notre fédération syndicale internationale et nous continuerons à les soutenir. »
On ne va pas céder maintenant
Message de Laura Gillespie à l’entreprise Saint-Gobain :
« On ne va pas reculer. On est petits, c’est vrai. Mais notre force est grande. Engagez le dialogue et remettez-nous au travail »
Message de Laura à ses collègues : « On est arrivés jusqu’ici. On ne peut pas céder maintenant. Nous devons rester unis. »



