27 novembre, 2025L’Afrique du Sud a officiellement déclaré la violence sexiste et le féminicide (GBVF pour le sigle couramment utilisé en Afrique du Sud) catastrophe nationale, en invoquant la loi de 2002 sur la gestion des catastrophes. Cette décision, annoncée à la suite des manifestations généralisées qui ont coïncidé avec le sommet du G20 de novembre 2025 à Johannesburg, marque un changement politique important après des années de pression de la société civile et des syndicats et une application toujours insuffisante de la législation existante.
Dorénavant, la GBVF sera traitée dans le même cadre juridique et administratif que les catastrophes naturelles, ce qui permettra de débloquer des ressources budgétaires supplémentaires, d’améliorer la coordination intergouvernementale et d’adopter une approche structurée en matière de prévention, d’intervention et de réhabilitation.
Les statistiques relatives à la violence fondée sur le genre dans le pays sont choquantes. Selon le Conseil de recherche en sciences humaines (HSRC), 7,3 millions de femmes ont été victimes de violences physiques et 2,1 millions ont survécu à des agressions sexuelles. Le taux de féminicides est cinq fois supérieur à la moyenne mondiale.
Cette déclaration fait suite à une campagne menée depuis dix ans par les syndicats et les organisations de défense des droits des femmes, qui ont souligné à plusieurs reprises l’échec des mesures législatives précédentes, notamment le Plan stratégique national sur la violence sexiste et le féminicide de 2018, à se traduire par une mise en œuvre efficace. Malgré la promulgation de lois plus strictes sur la violence domestique, les délits sexuels et le harcèlement sur le lieu de travail, les taux de condamnation sont restés extrêmement faibles et les signalements ont été découragés par l’inaction systémique de la police.
La mobilisation publique a atteint son apogée lors du sommet du G20 avec l’action “Shutdown des femmes”, au cours de laquelle les travailleuses ont observé 15 minutes de silence en hommage aux femmes tuées ou blessées et, dans de nombreux cas, se sont absentées de leur travail. Une pétition portant plus d’un million de signatures a été présentée au gouvernement, amplifiant les revendications de longue date issues du processus de mobilisation du Groupe syndical 20 (Labour 20, L20). Lors du sommet du L20 de juillet 2025, les syndicats avaient fait valoir que la violence sexiste persistante entraîne des coûts économiques importants en raison de la perte de productivité, de l’absentéisme, des dépenses de santé et de l’érosion de la participation des femmes au marché du travail.
Les conséquences économiques sont particulièrement graves dans les secteurs à forte concentration de main-d’œuvre féminine. Des décès ont été enregistrés tant dans le cadre domestique que sur le lieu de travail. Parmi les cas notables, on peut citer le meurtre de Thembisile Yende dans les locaux d’Eskom en 2017 et celui de Pinky Mosiane dans une mine d’Anglo-American Platinum à Rustenburg, deux affaires qui ont été prises en charge respectivement par les affiliés d’IndustriALL, le Syndicat national des métallurgistes d’Afrique du Sud (NUMSA) et le Syndicat national des mineurs (NUM). Si l’affaire Yende n’est toujours pas résolue, dans l’affaire Mosiane, l’auteur a été condamné à deux peines de prison à perpétuité selon les archives judiciaires.
En classant la GBVF comme catastrophe nationale, l’État a désormais accès au cadre politique intégré prévu à l’article 7 de la loi sur la gestion des catastrophes : prévention et réduction des risques, atténuation, préparation, intervention rapide et redressement après catastrophe. Cela devrait se traduire par un financement réservé, la mise en place d’une structure nationale de coordination dédiée et des rapports obligatoires ainsi que des indicateurs de performance dans toutes les provinces et tous les départements.
Cette décision renforce également la transposition dans le droit national de la Convention 190 de l’Organisation internationale du travail (Convention sur la violence et le harcèlement, 2019), que l’Afrique du Sud a ratifiée en 2021. La Recommandation 206 qui l’accompagne fournit des orientations détaillées sur l’évaluation des risques, les mesures de prévention et les recours dans le monde du travail, domaines dans lesquels la mise en œuvre avait jusqu’à présent pris du retard.
Christine Olivier, Secrétaire générale adjointe d’IndustriALL, a déclaré :
“Il s’agit d’une étape importante vers des mesures efficaces pour lutter contre la violence et le harcèlement sexuels et sexistes, en particulier lorsque les affaires étaient classées sans suite et que les femmes étaient frustrées et découragées de signaler les violations, car il n’y avait aucune conséquence pour les auteurs. En outre, il s’agit également d’une avancée importante vers la mise en œuvre des lois nationales et de la Convention n° 190 et de la Recommandation n° 206 de l’OIT.”
Photo : NUMSA
