26 mars, 2026À l'issue de réunions de haut niveau tenues à Washington début mars, le Labour 20 (L20), le groupe officiel représentant les travailleuses et travailleurs auprès du G20, a publié une déclaration ferme appelant les gouvernements du G20 à défendre la démocratie, les droits des travailleurs et l’état de droit international, s’opposant à ce que les syndicats décrivent comme un programme conçu pour enrichir une petite élite au détriment des travailleuses et travailleurs du monde entier.
Cette déclaration intervient alors que la présidence américaine du G20, aux mains de l’administration Trump, a réduit l’agenda du G20 à trois priorités :la déréglementation, l’expansion des énergies fossiles et l’IA, refusant de convoquer des groupes de travail sur l’emploi, le développement, la santé ou les inégalités.
L’Afrique du Sud, à l’origine d’avancées significatives pour les travailleurs lors de sa présidence du G20 en 2025, n’a pas été invitée au sommet de cette année et a été remplacée par la Pologne. Le L20 lui-même n’a pas été reconnu par la présidence américaine.
Le Secrétaire général de la CSI, Luc Triangle, a mis en garde sur toute tentative visant à affaiblir les institutions démocratiques ou les protections des travailleurs au profit des milliardaires et des grandes entreprises, celle-ci ne faisant qu’aggraver les inégalités et l’instabilité.
La Secrétaire générale du TUAC, Veronica Nilsson, a ajouté que les travailleuses et travailleurs ont besoin que leurs gouvernements s’attaquent aux inégalités, au changement climatique et aux bouleversements technologiques et non qu’ils alimentent ces phénomènes par le biais de la déréglementation, de l’expansion des énergies fossiles et d’un pouvoir des entreprises sans contrôle.
Les revendications des travailleurs à l’intention du G20
La déclaration du L20 présente une vision exhaustive de ce que le G20 devrait apporter aux travailleuses et travailleurs, notamment des salaires équitables et décents, une protection sociale universelle, des réglementations fondées sur les droits, une transition juste visant à l’abandon des combustibles fossiles et une fiscalité équitable garantie par une convention fiscale des Nations unies.
La déclaration soutient par ailleurs explicitement la création d’un Groupe international d’experts sur les inégalités, une recommandation clé du rapport du Comité extraordinaire du G20 sur les inégalités mondiales, commandé sous la présidence sud-africaine et dirigé par l’économiste Joseph Stiglitz, lauréat du prix Nobel.
Le mouvement syndical est convaincu que l’ordre du jour actuel du G20 aux États-Unis va dans la direction opposée. La déclaration du L20 décrit le programme de déréglementation comme un prétexte pour faire passer le rôle du gouvernement de la défense des intérêts de tous au creusement des inégalités au profit d’une petite élite.
« La décision d’exclure le Labour 20 du G20 n’est pas un oubli. C’est une prise de position sur les intérêts que sert cette présidence. Les travailleuses et les travailleurs ne représentent pas dans l’économie mondiale une question secondaire : ce sont eux l’économie mondiale. Nous n’allons pas attendre une invitation qui ne viendra pas. Nous allons élaborer le contre-programme dont les travailleuses et travailleurs ont besoin et veillerons à ce qu’il influence chaque présidence du G20 qui succédera à celle-ci, »
a déclaré Kemal Özkan, Secrétaire général adjoint d’IndustriALL.
Les enjeux
Le sommet des dirigeants du G20 est prévu les 14 et 15 décembre prochains à Miami. En l’absence, sous la présidence américaine, de groupes de travail sur les relations sociales, l’emploi ou les inégalités, les syndicats élaborent leur propre contre-programme, par le biais de campagnes publiques, de la formation de coalitions et d’une implication auprès des futures présidences du G20, notamment celle du Royaume-Uni en 2027.
