19 mars, 2026Les affiliés d’IndustriALL d’Australie, du Botswana, de Namibie, d’Afrique du Sud et du Zimbabwe ont insisté sur la protection des droits et des avantages sociaux des travailleuses et travailleurs lors de la réunion annuelle de dialogue mondial qui s’est tenue à Johannesburg les 12 et 13 mars derniers.
Après avoir repoussé, en 2024, l’offre hostile de BHP d’une valeur de plus de 40 milliards de dollars, Anglo American a choisi de se rationaliser. Elle s’est séparée de ses actifs dans le nickel et le coke destiné à la sidérurgie. La scission de son activité platine, pour former Valterra Platinum, s’est achevée en mai 2025.
Les négociations autour de la vente de De Beers s’éternisent, leur conclusion étant prévue dans le courant de l’année. Entre-temps, Anglo American a fusionné avec la société canadienne Teck Resources pour créer Anglo Teck, un acteur majeur du secteur du cuivre.
Les travailleuses et travailleurs de Valterra Platinum en Afrique du Sud et au Zimbabwe, ainsi que celles et ceux de De Beers au Botswana et en Namibie, exigent des protections solides. Celles-ci portent sur la liberté syndicale, la négociation collective et les droits liés à la maternité. L’accent est mis sur une transition juste qui respecte leurs avantages sociaux et leurs intérêts.
Ces revendications ont été formulées dans le cadre du protocole d’accord existant entre IndustriALL et Anglo American. Celui-ci prévoit un dialogue sur la santé et la sécurité, la lutte contre la violence et le harcèlement sexistes, ainsi qu’une exploitation minière durable, qui englobe les questions environnementales, sociales et de gouvernance.
Le dialogue mondial aborde les nouvelles technologies, la formation, la reconversion professionnelle, une transition juste pour les mineurs des charbonnages et le respect de l’IRMA (Initiative pour une certification responsable de l’exploitation minière).
Des préoccupations majeures ont été soulevées. Les audits de l’IRMA ont mis en évidence des risques respiratoires et des problèmes d’exposition sur le site de Sishen, en Afrique du Sud. Les syndicats ont souligné la vétusté des équipements à la mine de Kolomela de Kumba Iron Ore. À la mine d’Unki au Zimbabwe, les coupures de courant mettent à mal la ventilation en l’absence de systèmes de secours, augmentant ainsi les risques d’accident.
Inquiétude des travailleurs
L’inquiétude est grande face aux cessions. Les travailleuses et travailleurs de De Beers au Botswana et en Afrique du Sud sont désorientés. Les plans de départs volontaires concernant plus de 1.000 personnes au Botswana ont semé la panique : refuser pourrait signifier la perte de son emploi. « Les travailleurs de Joaneng et d’Orapa se sentent comme des brebis égarées dans la brousse », a déclaré Fenellah Thebe, de Debswana.
Stephen Smyth, Vice-président général du Syndicat australien des mines et de l’énergie, a mis en avant les succès enregistrés en Australie. Les syndicats et Anglo American ont conjointement adopté des normes sanitaires mondiales, l’identification des dangers et la gestion des risques sur le continent.
Kemal Özkan, Secrétaire général adjoint d’IndustriALL, a insisté sur le respect intégral du protocole d’accord. Celui-ci promeut le dialogue au plan mondial, la négociation collective et la prise en compte du point de vue des syndicats. Les politiques et la culture d’Anglo American doivent aborder les problèmes hérités du passé dans le cadre des transitions, tout en préservant l’harmonie sociale, a-t-il déclaré, en particulier pour les travailleuses et travailleurs du secteur des matières premières critiques.
Il a souligné que
« le dialogue mondial actuel est primordial pour aligner les stratégies d’IndustriALL sur les changements au sein de l’entreprise, en veillant à ce que les scissions n’érodent pas les acquis durement obtenus en matière de droits du travail, de cadres équitables de transition et de politiques industrielles inclusives à travers l’Afrique australe. »
Il a en outre explicité la nature des attentes relatives au processus de reprise d’Anglo : la description du repreneur animé d’un même état d’esprit, qu’il recherche pour ses activités diamantifères, doit refléter ses propres normes et valeurs en termes de fonctionnement, tout en préservant l’harmonie sociale et la coopération avec ses parties prenantes.
La réunion a porté sur des entités issues de la scission telles que Valterra Platinum et Unki. Les préoccupations concernent notamment le recours à des agences de placement de main-d’œuvre chez Unki, qui contourne les conventions collectives, la précarisation qui empêche l’accès aux avantages sociaux, l’augmentation des demandes d’indemnisation pour silicose à Mogalakwena et l’attitude des sous-traitants quant à l’adoption d’une diligence raisonnable en matière de droits humains.
Intégration de la dimension de genre et lutte contre la violence et le harcèlement sexistes
En matière de genre, Anglo American a indiqué que 38 % des postes de direction sont occupés par des femmes et a fait état de progrès via son centre « Living with Dignity ».Le signalement des cas de violence et de harcèlement sexistes a bondi de 10-20 % à 75 %. Les syndicats ont appelé à aligner les politiques de l’entreprise sur les négociations collectives pour mettre fin au harcèlement et aux intimidations.
Les conclusions de l’IRMA concernant Sishen et Kolomela ont révélé des manquements : évaluations des risques incohérentes, plans de formation lacunaires, programmes de protection respiratoire insuffisants et réticence des travailleuses et travailleurs à se soustraire à des tâches dangereuses.
Les délégués ont exhorté Anglo American à veiller à ce que les acheteurs « animés d’un même état d’esprit » respectent ces normes. Ils ont insisté pour que le dialogue soit élargi à Anglo Teck et aux futurs partenaires qui ne sont pas encore couverts par le protocole d’accord
Les syndicats continuent d’afficher un optimisme prudent. Les projets cuprifères d’Anglo Teck au Chili et au Pérou, ainsi que l’expansion de l’exploitation du minerai de fer au Brésil, devraient créer plus d’emplois qu’ils n’en suppriment.
