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Des travailleuses de l'habillement cousant et inspectant du tissu blanc sur des machines à coudre industrielles dans une usine Pep Clothing au Cap, Afrique du Sud, avril 2026

Proposez une vision aux travailleuses et travailleurs et ils contribueront à trouver des solutions

Travailleuses et travailleurs de Pep Clothing à l’œuvre, Le Cap, avril 2026

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13 mai, 2026Dans les communautés où les travailleuses et travailleurs se demandent si leur salaire suffira à couvrir les frais de transport et le prix des denrées alimentaires, les discours abstraits sur le climat tombent à plat. Ce qui les interpelle, c'est une vision concrète d'un avenir meilleur et non une mise en garde contre une catastrophe.

Tel est l’argument central avancé par le Syndicat des travailleurs de la confection et du textile d’Afrique australe (SACTWU), dont les recruteurs sont aux prises avec une question à laquelle les forums politiques mondiaux répondent rarement. Plus précisément, comment rendre la « transition juste » pertinente pour des travailleuses et travailleurs qui n’ont jamais entendu ce terme ? Simon Eppel, Directeur de recherche du SACTWU, qui était présent lors du lancement du manifeste pour une transition juste dans la chaîne d’approvisionnement du textile et de l’habillement, connaît bien le fossé entre la politique et le terrain.

« Pour l’instant, tout ce discours sur la transition juste, c’est comme un sermon. Il faut faire quelque chose contre le changement climatique. Mais rien n’incite les travailleuses et travailleurs à en prendre le risque. Donnez-leur une motivation »,

dit-il.

Le problème de la reconversion professionnelle dans une économie en manque d’emplois

Le manifeste pour une transition juste préconise la reconversion professionnelle et le redéploiement comme piliers centraux d’une transition juste. Le SACTWU soutient largement ces revendications. Cependant, celles-ci soulèvent un défi crucial souvent négligé dans les débats politiques mondiaux : la reconversion professionnelle ne fonctionne que s’il existe des emplois vers lesquels se diriger.

« Traditionnellement, la partie la plus importante du concept de transition juste concerne la reconversion et le reclassement des salariés. Et cela fonctionne dans une économie de plein emploi. Mais, tout simplement, cela ne fonctionne pas aussi bien dans les pays du Sud »,

explique Simon Eppel.

En Afrique du Sud, le taux de chômage est parmi les plus élevés au monde. Par conséquent, demander aux travailleuses et travailleurs d’accepter des pertes d’emploi en échange de la promesse d’opportunités futures revient à leur demander de prendre des paris sur leur gagne-pain. L’argument du SACTWU est d’élargir la vision de la transition juste au-delà de l’emploi. Il souhaite inclure la participation des travailleurs aux actifs nécessaires à la décarbonisation et à la production durable.

« La pauvreté n’est pas seulement liée au revenu. Elle est aussi liée aux actifs. Dans un avenir qui sera marqué par des chocs économiques, climatiques, technologiques et autres, nous devons réfléchir à la manière de rendre les travailleurs plus résilients, notamment en leur permettant de disposer d’actifs qui leur rapportent quelque chose, et pas seulement d’un emploi. »

Une vision concrète : les travailleurs en tant que copropriétaires

Le SACTWU élabore déjà des modèles. Le syndicat met en place un programme de formation qui part de problèmes que les travailleuses et travailleurs comprennent déjà, comme les chaudières à charbon qui nuisent à leur santé dans les usines textiles. Il vise ensuite à élaborer des solutions collectives.

« On commence par la chaudière à charbon. Les travailleuses et travailleurs respirent ces fumées tous les jours. On établit le lien entre leur santé, leur communauté et le défi climatique plus large. Puis on propose des solutions »,

explique Simon Eppel.

L’une de ces solutions consiste à remplacer les chaudières à charbon par une technologie solaire thermique, ce qui réduit considérablement la consommation de combustible. Mais surtout, le SACTWU soutient que les travailleuses et travailleurs devraient non seulement bénéficier de ce changement, mais aussi en détenir une part.

« Pourquoi le mouvement syndical ne conçoit-il pas des modèles où les travailleuses et travailleurs peuvent acheter des machines, que le patron leur loue et pour lesquelles ils leur versent chaque mois un loyer ? Ce modèle pourrait être proposé aux acheteurs européens pour un approvisionnement auprès d’usines pratiquant une croissance verte et durable »,

lance Simon Eppel.

C’est une vision que le syndicat estime susceptible de rallier les adhérents. Pas un sacrifice, mais une opportunité partagée.

Ce dont le Sud a besoin de la part du Nord

La chaîne de valeur du commerce de détail du textile en Afrique du Sud évolue à un rythme différent de celui de l’Europe. Les détaillants locaux n’exigent pas encore de fibres durables ni de modèles de production circulaires. Cela signifie que la pression du marché qui stimule la transition ailleurs n’existe tout simplement pas encore ici. Mais le SACTWU est clair : cela ne peut pas être une excuse pour attendre.

« Livré à lui-même, notre système local nous fera avancer lentement. Si nous voulons tirer parti des opportunités, nous devons pousser le système à aller plus vite »,

indique Simon Eppel.

Pour cela, les pays du Sud ont besoin de trois choses de la part des pays du Nord : la reconnaissance que des contextes différents nécessitent des voies différentes, un financement abordable et, surtout, des engagements d’achat à long terme de la part des acheteurs au plan mondial.

« Si les acheteurs disent : “Nous vous passons des commandes, non pas pour six mois, mais avec un engagement sur trois ans, et voici l’argent et l’accès à la technologie”, alors les usines peuvent opérer les changements. C’est ce dont vous avez besoin pour créer des entreprises et des emplois et pour permettre la transition »,

ajoute-t-il.

Sans ce signal au niveau de la demande de la part des acheteurs du Nord, même les usines disposées à changer ne peuvent justifier leur investissement dans les technologies vertes.

Passer de la défense à l’offensive

Historiquement, les syndicats ont toujours été de nature défensive, protégeant ce qui existe. C’est un changement que Simon Eppel, qui côtoie depuis des années les travailleuses et travailleurs de la confection à Cape Flats, estime que les syndicats ne peuvent se permettre d’éviter.

« On ne peut pas se contenter d’être sur la défensive. Il faut aussi passer à l’offensive. Si nous nous contentons de nous défendre contre les risques, la nature et la direction du changement seront définies pour nous et nous perdrons la chance de façonner un avenir différent du présent. Pour passer à l’offensive, il faut proposer un monde alternatif »,

explique-t-il.

Cela implique d’expérimenter, de partager entre syndicats ce qui fonctionne à l’échelle mondiale et d’être prêt à prendre des risques même lorsque l’issue est incertaine. Le SACTWU collecte actuellement des fonds pour un programme de formation et de projets pilotes et identifie des usines où de nouveaux modèles pourraient être testés.

Une transition qui profite à tous

Le manifeste pour une transition juste formule des revendications audacieuses à l’intention des enseignes, des employeurs et des gouvernements. Le SACTWU soutient cette orientation mais insiste sur le fait que, si ces attentes ne s’ancrent pas dans la réalité vécue par les travailleuses et travailleurs du Sud, elles risquent précisément de ne rester que cela : des revendications sur le papier.

« Il n’est pas nécessaire d’explorer les comportements ni les besoins humains fondamentaux. Il suffit de considérer les travailleuses et travailleurs comme des personnes plutôt que comme étant l’objet de mesures politiques »,

dit-il.

Pour le SACTWU, une transition juste n’est pas un simple exercice de mise en conformité ni une opportunité de marketing vert. Il s’agit plutôt d’une chance de construire une nouvelle relation entre les travailleurs, la technologie et la propriété. Une relation dans laquelle les personnes qui fabriquent nos vêtements sont également parties prenantes dans l’avenir du secteur industriel qui dépend d’elles.