13 octobre, 2026Comme l’a révélé une enquête de BBC Sport, les ouvriers qui fabriquent les maillots officiels Adidas pour certains clubs de football européens parmi les plus prestigieux perçoivent un salaire de base d’environ 1 dollar de l’heure et travaillent sous des températures supérieures à 35°C. Adidas refuse de signer un accord qui permettrait aux ouvriers cambodgiens de la confection de négocier des salaires plus élevés ainsi qu’une protection contre le stress thermique et le harcèlement.
L’enquête a permis de déterminer que les maillots officiels de clubs tels qu’Arsenal, Liverpool et le Real Madrid sortent de deux usines situées dans la banlieue de Phnom Penh. Bowker Garment Factory et Trax Apparel emploient environ 6.600 personnes dont la plupart sont des femmes.
Les fiches de paie consultées par la BBC indiquent des salaires mensuels de base compris entre 210 et 220 dollars pour six postes de huit heures par semaine. Le salaire total peut avoisiner les 300 dollars moyennant un nombre important d’heures supplémentaires. Les travailleuses et travailleurs ont décrit des objectifs de production collectifs pouvant aller jusqu’à sept cents articles par jour, des insultes proférées lorsque ces objectifs ne sont pas atteints et des températures extrêmes au sein de l’atelier. Un ouvrier a reçu deux décharges électriques provenant d’un fil dénudé avant que l’usine n’intervienne.
En réponse, Adidas a affirmé que ses fournisseurs font l’objet d’environ mille deux-cents audits par an et que les salaires moyens, sur base d’un échantillon de ses fournisseurs cambodgiens, s’avèrent supérieurs de 34 % au seuil du salaire de subsistance. Les fiches de paie et les témoignages des salariés contredisent ces allégations et montrent que les audits sociaux menés par les enseignes ne sont pas fiables.
La solution mise en place au Cambodge
Les syndicats et les employeurs cambodgiens sont parvenus à un modèle de convention collective pour les secteurs de l’habillement, du textile, de la chaussure et des articles de voyage. Celle-ci offre à la main d’œuvre une voie négociée vers des salaires et des avantages sociaux plus élevés. Elle comprend des clauses sur le stress thermique, la violence et le harcèlement sexistes ainsi qu’un mécanisme efficace de traitement des plaintes répondant de ce fait aux problèmes mis au jour par la BBC.
Pour rendre la négociation collective possible, IndustriALL signe des accords de soutien juridiquement contraignants avec les enseignes s’approvisionnant au Cambodge. Celles-ci s’engagent à soutenir les conventions collectives chez leurs fournisseurs, à maintenir leurs volumes d’approvisionnement au Cambodge et à baliser les frais de main-d’œuvre de telle sorte qu’elles supportent elles-mêmes le coût de l’amélioration des salaires et des conditions de travail. Certains des plus grands noms du prêt-à-porter à l’échelle mondiale, tels que le groupe H&M, Primark, Inditex et PVH, en sont signataires.
Adidas doit signer
Depuis plus de trois ans, IndustriALL et le réseau syndical mondial d’Adidas, qui englobe les syndicats du Cambodge, revendiquent que le groupe signe l’accord de soutien. Ce qui n’est pas encore chose faite.
Le Secrétaire général d’IndustriALL, Atle Høie, a déclaré :
« Adidas invoque ses audits. Mais ce ne sont pas les audits qui permettent d’augmenter les salaires, ce sont les négociations collectives. La solution est sur la table, élaborée par les syndicats et les employeurs au Cambodge et soutenue par certaines des plus grandes enseignes de prêt-à-porter mondiales. Adidas n’a aucune excuse et doit signer l’accord immédiatement. »
