29 septembre, 2026Le Comité régional des femmes d’IndustriALL pour l’Afrique subsaharienne s’est réuni à Abidjan, en Côte d’Ivoire, ce 28 septembre afin de définir les modalités pratiques de mise en œuvre de la résolution féministe de l’organisation, tant au niveau de la direction syndicale que sur le lieu de travail.
Une résolution née dans la région
La résolution féministe d’IndustriALL, issue des écoles féministes d’Afrique subsaharienne, a été adoptée à l’unanimité lors du Congrès de 2025 à Sydney.
Christina Olivier, Secrétaire générale adjointe d’IndustriALL, a indiqué que cette résolution allait au-delà d’une simple politique de genre :
« Il ne s’agit pas seulement de laisser entrer les femmes dans la place. Il s’agit de changer la donne, de modifier les règles et de redéfinir qui détient le pouvoir. »
Elle a déclaré que le syndicalisme féministe devait orienter les négociations collectives, la santé et la sécurité au travail, les métiers de soins (care), la Transition juste et la responsabilité des entreprises. Les budgets, les programmes et le développement du leadership au sein des syndicats doivent également refléter cet engagement.
Susan Khumalo, Coprésidente d’IndustriALL pour l’Afrique subsaharienne, a indiqué que la région était passée d’une approche axée sur les quotas et la représentation à un programme visant à transformer les relations entre les sexes.

« Sensible à la dimension de genre » ou « réceptif à la dimension de genre » ?
Regina Nambahu, du Syndicat des mineurs de Namibie (MUN) et Coprésidente du Comité régional des femmes, a souligné que le défi réside désormais dans la mise en œuvre de la résolution :
« Il ne s’agit pas seulement d’une thématique. C’est un engagement politique, un appel à l’action. »
Elle a invité les 60 déléguées présentes dans la salle à réfléchir aux changements qui pourraient en découler pour les travailleuses. Les femmes auraient-elles davantage accès aux postes à responsabilité ? Les lieux de travail seraient-ils exempts de harcèlement sexuel ? L’égalité entre les sexes se refléterait-elle dans les négociations collectives ?
Paule France Ndessomin, Secrétaire régionale d’IndustriALL, a pris l’exemple d’une salle d’allaitement aménagée sur un site minier au Ghana. La mise en place d’une telle infrastructure pourrait être une question de réceptivité au genre. Être réceptif au genre, c’est avant tout demander aux femmes ce dont elles ont besoin. Or, les femmes souhaitent-elles réellement allaiter sur un site minier ?
Les participantes ont clairement identifié les erreurs commises par le passé : des mesures en faveur des travailleuses ont été activées sans qu’elles aient été préalablement consultées. On ne peut rien faire pour les femmes sans les consulter.
Agnes Ama Agamasu a pointé le fait que la région se trouve à l’avant-garde du mouvement féministe mais que tout le monde n’en a pas encore conscience, y compris certains dirigeants syndicaux. Les femmes doivent s’attendre à rencontrer une certaine résistance et développer, dès lors, leur résilience afin d’y faire face.
Certains dirigeants se comportent comme les gardiens du patriarcat, a-t-elle averti, en adoptant un discours qui exclut les femmes. Or celles-ci n’ont nul besoin de la théorie féministe pour lutter pour leurs droits, car elles tirent de leur propre expérience professionnelle tous les enseignements nécessaires.
Selon elle, l’objectif consiste à décomposer ce programme afin que chaque camarade puisse s’y reconnaître. Bon nombre des revendications déjà formulées par les femmes, tel que le congé menstruel, s’inscrivent dans ce programme visant à transformer les relations entre les sexes.
« Il n’est pas toujours utile de lire le livre en entier. »
Elle a reconnu que toutes les femmes ne soutiennent pas forcément entre elles. Mais elles sont confrontées aux mêmes difficultés dans toute la région et cette cause commune les unit.
Lorsqu’une femme identifie un besoin, a-t-elle avancé, celui-ci recouvre une réalité et ne doit dès lors pas faire l’objet d’une validation masculine.
Des pays différents certes mais des luttes communes
Même si les contextes nationaux diffèrent, les témoignages recueillis dans toute la région ont montré à quel point les problèmes sont similaires :
- Guinée. Marliatou Diallo, aujourd’hui Secrétaire générale adjointe de son Syndicat des mineurs, a pointé que l’accompagnement d’IndustriALL, dans le cadre des programmes de renforcement des capacités syndicales, l’avait aidée à passer du statut de jeune adhérente timide à celui de dirigeante syndicale. Elle a un jour refusé d’assister à une réunion sur un site minier tant que des toilettes pour femmes n’y seraient pas installées. Son syndicat a également obtenu une convention collective comprenant des clauses en faveur des femmes, signée en février 2025.
- Nigéria. Une déléguée a indiqué que les hommes refusent souvent de céder la place aux femmes et leur demandent : « qui avez-vous l’intention d’évincer ? »
- Ghana. Une jeune déléguée a revendiqué l’allongement de la durée du congé de maternité, actuellement de douze semaines, à une période comprise entre seize et dix-huit semaines.
- Côte d’Ivoire. Les délégués ont souligné que le soutien d’IndustriALL a joué un rôle déterminant dans la ratification par le pays de la Convention n° 190 de l’OIT relative à la violence et au harcèlement sur le lieu de travail.
Le programme de mentorat de la région, soutenu par LO Norvège (Confédération norvégienne des syndicats), compte actuellement six mentors. Deux d’entre elles font partie des mentorées qui ont suivi le programme l’année dernière ; à leur tour, elles accompagnent désormais d’autres personnes.
Un combat qui ne s’arrête jamais
Cette réunion s’est tenue alors que la colère grandit en Afrique du Sud, depuis le mois de juillet dernier, suite aux meurtres de onze femmes dont les corps sans vie ont été retrouvés à Ekurhuleni, à l’est de Johannesburg.
Susan Khumalo, Coprésidente d’IndustriALL pour l’Afrique subsaharienne, s’est exprimée lors de la réunion:
« Chères camarades, onze femmes ont été brutalement assassinées en Afrique du Sud. Ce sont nos sœurs, nos filles et nos mères. Alors que la pauvreté, les inégalités et le chômage continuent de sévir, ce sont les femmes qui portent le fardeau le plus lourd, à la maison, au sein de nos communautés et sur les lieux de travail. En tant que femmes, nous avons la responsabilité de faire entendre nos propres revendications et nous ne cesserons de nous battre tant que chacune d’entre nous ne sera pas en sécurité. »
Pour les adhérentes présentes dans la salle, l’évocation de ces meurtres a constitué un rappel douloureux que la violence sexiste n’est pas une problématique éloignée. Elle marque la vie des femmes dans leur foyer, au sein de leur communauté et sur leur lieu de travail. Mettre fin à la violence et au harcèlement sexistes figure parmi les priorités du plan d’action régional. Celui-ci exhorte les organisations affiliées à mener des campagnes en faveur de la Convention n° 190 de l’OIT, à mettre en place des politiques sur le lieu de travail, à former les représentants du personnel et à adopter des systèmes de soutien centrés sur les victimes.
Les participantes à la réunion ont examiné un plan d’action régional pour la période 2026-2029, qui doit être approuvé par le Comité exécutif régional. Les priorités définies sont les suivantes : mobilisation et renforcement du pouvoir d’agir des femmes, invitation aux hommes à devenir des alliés, égalité salariale, prise en charge des violences et harcèlement fondés sur le genre, santé et sécurité au travail favorisant l’égalité des genres, diligence raisonnable en matière de droits humains intégrant la dimension de genre, travail du care non rémunéré, protection de la maternité et lutte contre la régression antiféministe.
Une fois ces points approuvés, les affiliés élaboreront des plans d’action au niveau national ainsi que sur le lieu de travail. Ceux-ci prendront la forme de documents évolutifs, révisés chaque année.
Comme l’a martelé Regina Nambahu :
« Les travailleuses d’Afrique subsaharienne n’attendent pas de nous des promesses, elles demandent que nous posions des actes. »








