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Coup d’envoi de la Conférence sur la Jeunesse dans le secteur des mines et de l’énergie

Afrique subsaharienne : un jeune travailleur peut-il dire non ?

Coup d’envoi de la Conférence sur la Jeunesse dans le secteur des mines et de l’énergie

  • Coup d’envoi de la Conférence sur la Jeunesse dans le secteur des mines et de l’énergie
  • Emmanuel Adjei Danso prenant la parole à la conférence Jeunesse dans les mines et l’énergie
  • Le Dr Kouamé intervenant sur la santé et la sécurité à la conférence Jeunesse dans les mines à Abidjan
  • Groupes de travail de la conférence Jeunesse dans les mines et l’énergie à Abidjan, 29 septembre
  • Groupes de travail de la conférence Jeunesse dans les mines et l’énergie à Abidjan, 29 septembre
  • Délégué·e de la NUM à la conférence Jeunesse dans les mines et l’énergie à Abidjan, 29 octobre
  • Groupes de travail de la conférence Jeunesse dans les mines et l’énergie

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6 octobre, 2026Un travailleur contractuel de 22 ans peut-il refuser d’effectuer une tâche dangereuse lorsque la production accuse des retards, sans hypothéquer son prochain contrat ? Le 29 septembre dernier, les jeunes salariés du secteur des mines et de l’énergie, réunis à Abidjan, en Côte d’Ivoire, ont affirmé que trop souvent la réponse est « non » et ont défini les changements nécessaires à apporter.

La Conférence mondiale sur la Jeunesse dans le secteur des mines et de l’énergie, organisée sous l’égide d’IndustriALL, a réuni de jeunes syndicalistes afin d’établir des priorités en matière de travail décent, de santé et sécurité, de compétences ainsi que de lutte contre la violence et le harcèlement sexistes.

Au fil des différentes sessions, un thème récurrent s’est imposé : les jeunes travailleuses et travailleurs sont les moins à même de s’exprimer et les plus susceptibles de payer les pots cassés.

La réalité en face

Le Dr Vincent Kouamé, médecin, a d’emblée soumis la question  aux participants par le biais d’un scénario : un jeune ouvrier sous contrat preste son troisième jour de travail à côté d’un concasseur, sous une chaleur intense ; aucune vérification n’a été faite quant à ses compétences et aucun équipement de protection ne lui a été fourni. Il se sent pris de vertiges mais la production accumule du retard. Par ailleurs, sa famille dépend de lui.

Les jeunes travailleurs âgés de 15 à 24 ans encourent 40 % plus de risques d’être victimes d’accidents non mortels que les plus de 25 ans. Or, selon Le Dr Vincent Kouamé, ce n’est pas la jeunesse qui pose problème mais le système qui met les nouveaux arrivants en danger et les empêche de refuser d’exécuter une tâche par crainte des représailles.

« Tout droit qu’un travailleur a peur d’exercer n’est pas un droit effectif »,

a-t-il déclaré.

Il a sollicité la mise en place de clauses anti-représailles, de canaux de signalement sécurisés et d’un « passeport de 90 jours » destinés aux nouvelles recrues afin qu’aucun jeune salarié n’effectue de tâches critiques sans supervision tant qu’il n’a pas démontré qu’il est capable de le faire en toute sécurité.

« Aucun jeune travailleur ne devrait acquérir de l’expérience au prix d’une blessure. »

Contrats précaires, travailleurs bâillonnés

D’autres intervenants ont montré combien le travail précaire réduit les jeunes travailleuses et travailleurs au silence.

Emmanuel Adjei Danso, Directeur du secteur des mines et de l’énergie chez IndustriALL, a confirmé que les contrats à durée déterminée et la sous-traitance sont devenus « la nouvelle norme », rendant de plus en plus difficile la syndicalisation et la négociation collective tout au long des chaînes d’approvisionnement.

Christina Olivier, Secrétaire générale adjointe d’IndustriALL, a dénoncé le fait que l’apprentissage devient trop souvent une source de main-d’œuvre bon marché, les jeunes effectuant des tâches à part entière sans formation adéquate et sans aucune perspective d’avenir.

« Le succès devrait se mesurer au nombre d’emplois sûrs et décents créés. On reconnaît le maçon au pied du mur »,

a-t-elle martelé.

Sans filet de sécurité, pas de choix possible

Selon le Dr Mbuso Moyo de l’université du Witwatersrand, pour de nombreux jeunes, refuser un tâche dangereuse s’avère tout simplement inconcevable.

L’Afrique compte environ 304 millions de jeunes actifs mais 90 % d’entre eux occupent des emplois informels et non réglementés. En l’absence de filets de sécurité sociale, le chômage est un luxe qu’ils ne peuvent se permettre ; ils acceptent donc des emplois dangereux et mal rémunérés juste pour assurer leur survie.

Le Dr Mbuso Moyo a décrit la façon dont les multinationales utilisent les pourvoyeurs de main-d’œuvre comme un tampon, s’accaparant les bénéfices tandis que les jeunes travailleuses et travailleurs assument les risques tout en bas de l’échelle. Au sein de l’exploitation minière artisanale, les jeunes sont pris au piège de l’endettement auprès d’intermédiaires. Sur les plateformes numériques, les prestataires peuvent se faire exclure par un algorithme sans aucun droit de recours.

Même dans le secteur minier formel, a-t-il ajouté, des « syndicats jaunes » contrôlés par la direction peuvent faire taire les jeunes qui souhaitent avoir voix au chapitre.

Alors que l’Afrique fournit une grande partie des minerais essentiels à la transition énergétique mondiale, il a cherché à comprendre pourquoi tant de ses jeunes actifs restent dans la pauvreté : « Pourquoi laissons-nous cela se produire ? »

Quand le pouvoir annule le consentement

Durant la session de l’après-midi, Amanda Odoi, représentante du Centre d’études sur la durabilité de l’Université de Lund, a abordé la Convention n° 190 de l’OIT (C190) sur la violence et le harcèlement dans le monde du travail.

Amanda Odoi SPeaks on C190 at youth inmining conference in Abidjan
Amanda Odoi évoque la C190 lors de la Conférence « Jeunesse dans le secteur minier » à Abidjan, le 29 septembre

Elle a mis en avant la mesure dans laquelle le pouvoir fondé sur l’âge, le statut et la position hiérarchique peut faire fi du consentement, exposant particulièrement les jeunes travailleurs et les apprentis au harcèlement sexuel. La crainte de représailles, la stigmatisation et le manque de confiance en soi empêchent bon nombre de personnes de signaler ces faits.

Amanda Odoi a invité les syndicats à s’appuyer sur la C190 pour négocier des mesures de protection dans les conventions collectives, former des représentants afin d’accompagner les victimes et défendre toute personne confrontée à des représailles pour avoir osé prendre la parole.

Lors d’ateliers en groupe, les participants ont partagé des exemples de harcèlement sexuel sur leur lieu de travail et ont réclamé la mise en place de politiques contre la violence et le harcèlement fondés sur le genre au sein de chaque site d’exploitation.

Briser le silence

Les jeunes délégués n’ont pas hésité à s’exprimer durant les débats.

Ils ont discuté ouvertement de la santé mentale et de la stigmatisation qui y est associée, soulignant que les salariés qui ont recours à des services d’aide sont souvent méprisés. Ils ont plaidé pour que la santé mentale soit traitée comme une question de santé et sécurité au même titre que les autres.

Les délégués ont indiqué que les évaluations des risques existent sur le papier mais qu’il revient aux syndicats de veiller à ce que les entreprises les mettent correctement en œuvre d’une part, et à ce que les travailleuses et travailleurs y soient associés, d’autre part. L’un d’entre eux a souligné que les uniformes de travail noirs aggravent le stress thermique, un problème simple à résoudre si l’on se met à l’écoute du personnel concerné.

Les participants ont également braqué les projecteurs sur leurs propres structures. Les syndicats sont eux aussi des employeurs, ont-ils affirmé, ils doivent dès lors montrer l’exemple. Amanda Odoi a abondé dans ce sens, exhortant les syndicats à s’attaquer à la culture de la masculinité au sein de leurs propres rangs afin d’acquérir l’autorité morale nécessaire pour exiger des changements de la part des employeurs.

Dr Kouamé speaks on Health and Safety
Le Dr Kouamé s’exprime sur la santé et la sécurité lors de la Conférence des Jeunes dans le secteur minier à Abidjan

Le Dr Kouamé a résumé le succès espéré par le biais d’une telle approche en ces termes :

« Le jour où le plus jeune salarié d’une équipe pourra cesser le travail en raison d’un danger évident et où la direction le félicitera au lieu de le menacer, nous aurons changé notre culture de la sécurité. »