23 avril, 2026La réunion technique sur les défis à relever et les occasions à saisir en lien avec l’intelligence artificielle en vue de promouvoir le travail décent, la productivité et la transition juste dans l’industrie manufacturière s’est tenue à Genève du 13 au 17 avril derniers.
Cette réunion résulte d’une initiative d’IndustriALL avec un objectif clair : ouvrir un espace tripartite international sur une question qui transforme déjà la production, l’emploi et les conditions de travail.
À cette fin, le groupe des travailleurs a réuni des affiliés et des experts syndicaux d’Argentine, de France, d’Allemagne, d’Inde, d’Indonésie, de Singapour, de Suède et des États-Unis, représentant différents secteurs de l’industrie manufacturière, avec la participation d’industriALL Europe dans le rôle de conseiller, apportant une expérience concrète de la manière dont l’IA fait déjà son entrée sur les lieux de travail.
Tout au long de la semaine, le groupe des travailleurs a défendu une idée centrale : l’IA ne peut être abordée uniquement comme une question d’innovation ou de compétitivité. C’est également une question de droits, de santé et de sécurité, d’organisation du travail, de protection sociale, d’égalité, de vie privée, de négociation collective et de répartition des bénéfices du progrès technologique. Cette perspective se reflète dans les conclusions qui ont finalement été adoptées. Le texte reconnaît que l’IA transforme déjà l’industrie manufacturière à des rythmes différents et de manière inégale selon les pays, les secteurs, les entreprises et les salariés et que ses effets sur l’emploi, l’organisation du travail, les salaires, l’intensité du travail, la vie privée et la protection des données doivent être abordés par le biais de mesures politiques et du dialogue social.
L’un des résultats les plus importants en est que ses conclusions inscrivent le débat dans l’approche, centrée sur l’humain, de l’OIT. Le texte stipule que l’IA doit contribuer au travail décent, à la productivité ainsi qu’à une transition juste et ne doit pas se développer en dehors de ces objectifs. Il réaffirme également que les principes et droits fondamentaux au travail restent pleinement applicables à l’ère de l’intelligence artificielle, notamment la liberté syndicale, la négociation collective, la non-discrimination ainsi que la santé et la sécurité au travail.
Les conclusions réaffirment également le rôle central du dialogue social. Elles valorisent la liberté syndicale et la négociation collective comme essentielles pour façonner les politiques en matière d’IA, de numérisation et d’emploi qui définiront l’avenir de l’industrie manufacturière. Elles établissent également que les travailleuses et travailleurs doivent être informés, impliqués et consultés en temps utile lorsque des systèmes d’IA susceptibles de les affecter sont mis en place.
Dans le domaine de la formation et de la reconversion professionnelle, le texte adopté renforce l’idée que le développement des compétences est une responsabilité partagée et permanente des gouvernements, des employeurs et des travailleurs. Il fait référence à l’enseignement et à la formation techniques et professionnels, à l’apprentissage tout au long de la vie, à la culture numérique et au lien entre l’éducation et l’accès à des emplois de qualité. Cela constitue une base utile pour continuer à défendre la formation en tant que droit plutôt que comme une charge individuelle.
Une autre avancée pertinente concerne la protection sociale. Les conclusions font référence à des systèmes de protection sociale fondés sur les droits et à l’accès universel à une protection adéquate, complète et durable pour les travailleuses et travailleurs, quel que soit leur type d’emploi. Elles identifient également la nécessité de renforcer l’administration et l’inspection du travail, ce qui est fondamental pour garantir la mise en œuvre concrète des normes.
Le texte final comprend également des références importantes à la vie privée et à la protection des données, aux nouveaux risques en matière de santé et de sécurité au travail et à la nécessité de partager largement les bénéfices du progrès technologique. En d’autres termes, la productivité n’est pas présentée comme une fin en soi, mais comme liée aux salaires, aux conditions de travail et à l’emploi.
Les conclusions réaffirment également le cadre normatif international existant, notamment la Déclaration de l’OIT relative aux principes et droits fondamentaux au travail, sa Déclaration du centenaire, sa Déclaration de principes tripartite sur les entreprises multinationales, les Principes directeurs pour une transition juste et le Recueil de directives pratiques sur la protection des données personnelles des travailleurs. Cette référence explicite à l’ensemble des normes existantes est importante, car elle inscrit le débat sur l’IA dans une architecture plus large de droits et de responsabilité des entreprises, y compris tout au long de la chaîne d’approvisionnement.
Cette réunion offre désormais une base concrète pour développer davantage ce programme dans les années à venir. Les conclusions adoptées chargent le Bureau de l’OIT de renforcer la collecte de données, la recherche orientée vers l’action et la diffusion de bonnes pratiques et d’études de cas, y compris les conventions collectives, sur l’impact de l’intelligence artificielle dans l’industrie manufacturière. Elles prévoient également un échange d’expériences accru entre les pays et les secteurs, ainsi qu’un approfondissement du renforcement des capacités et de l’assistance technique pour les mandants.
Pour IndustriALL, il s’agit d’une étape importante. Nous avons réussi à obtenir un texte de l’OIT qui reconnaît que l’intelligence artificielle dans l’industrie manufacturière doit être abordée sous l’angle du travail décent, des droits du travail, du dialogue social, de la formation, de la protection sociale et d’un large partage des bénéfices du progrès technologique. À l’heure où la transformation s’opère à un rythme très rapide, ces conclusions ouvrent un programme de travail futur qui permettra aux syndicats de continuer à faire progresser une gouvernance de l’IA qui place les travailleurs au centre des préoccupations.
Kan Matsuzaki, Secrétaire général adjoint d’IndustriALL, a déclaré :
« Ces conclusions constituent une étape très importante, car elles nous permettent d’avancer vers des cadres de gouvernance de l’intelligence artificielle là où, dans de nombreux pays, la réglementation reste insuffisante ou inexistante. La transformation technologique ne doit pas devancer la réglementation, la protection des travailleurs ou le dialogue social ; elle doit être régie de manière à garantir un travail décent et à assurer une transition juste. »
Les conclusions et recommandations adoptées seront soumises à la 358e session du Conseil d’administration de l’OIT en novembre 2026, où elles seront officiellement examinées.


