29 septembre, 2026De jeunes syndicalistes venus de toute l’Afrique subsaharienne se sont réunis à Abidjan, en Côte d’Ivoire, le 28 septembre dernier, pour réclamer un travail décent, une Transition juste qui protège les emplois et un véritable droit de regard sur les décisions syndicales.
Une nouvelle étude menée par de jeunes actifs et présentée lors de l’atelier met en lumière les profondes inégalités auxquelles sont confrontés les jeunes salariés des secteurs minier et énergétique en RDC, en Afrique du Sud et au Zimbabwe.
Cette session, placée sous le thème « Promouvoir l’inclusion dans le monde du travail », a marqué le coup d’envoi d’une semaine de réunions régionales.
« N’attendez pas qu’on vous donne la permission de prendre les rênes »

Lors de l’inauguration de l’atelier, Christina Olivier, Secrétaire générale adjointe d’IndustriALL, a exhorté les jeunes travailleuses et travailleurs à revendiquer leur place au sein du mouvement :
« Continuez à nous interpeller lorsque l’implication des jeunes s’avère purement symbolique et non effective. Et n’attendez pas qu’on vous donne la permission de prendre les rênes. Car ce faisant, vous risquez d’attendre éternellement. »
Christina Olivier a évoqué le dernier rapport de l’Organisation internationale du travail (OIT) consacré à la jeunesse. Le chômage mondial des jeunes a atteint 12,4 % en 2025, laissant 67 millions d’entre eux sans emploi. Plus de 257 millions ne sont ni en situation d’emploi, ni scolarisés, ni en formation.
« On dit souvent aux jeunes que le problème réside dans un manque de compétences alors que l’absence d’emplois décents constitue le véritable obstacle », a-t-elle appuyé.
Elle a également invité les participants à se pencher sur le projet de politique en faveur de la Jeunesse d’IndustriALL, lequel sera soumis au Comité exécutif pour adoption.
Des pertes d’emploi ne doivent pas être le prix à payer pour la lutte contre le changement climatique
Susan Khumalo, Coprésidente régionale, a souligné que la pauvreté, les inégalités et le chômage restent endémiques à travers toute l’Afrique, alimentant les troubles et les tensions. Elle a appelé à des politiques migratoires centrées sur l’humain et à l’unité africaine.
« Nous ne voulons pas de politiques climatiques qui détruisent les emplois dans nos communautés », a déclaré Susan Khumalo. « En tant que jeunes travailleuses et travailleurs, vous devez être en première ligne dans ces luttes. »
Kelvin Ayemhenre, Président du Comité régional de la jeunesse du SEWUN (Syndicat des travailleurs de la sidérurgie et de l’ingénierie du Nigeria), a mis les participants au défi d’analyser leurs sociétés à travers un prisme politique de gauche plutôt que selon une logique capitaliste.
Les jeunes actifs face à une « ère de confusion »
Le Dr Mbuso Moyo, chercheur à l’université du Witwatersrand, a présenté l’étude intitulée « Jeunes travailleurs en transition : inégalités structurelles, transformation industrielle et Transition juste en RDC, en Afrique du Sud et au Zimbabwe », menée par le Comité des jeunes d’IndustriALL avec son soutien.

S’inspirant d’Antonio Gramsci, il a décrit le présent comme un « interrègne », une ère de confusion. Parmi ses symptômes figure la « condition d’attente », durant laquelle les jeunes diplômés espèrent des emplois qui ne viennent jamais.
Il a averti que la Transition énergétique juste risquait de se transformer en « soins palliatifs » : des promesses qui absorbent les revendications des salariés sans résoudre la crise structurelle. Les projets d’énergies renouvelables pourraient ne pas remplacer les emplois du secteur du charbon, ni être implantés là où vivent les travailleurs de ce secteur..
Conclusions de l’étude
Les conclusions, qui s’appuient principalement sur des études existantes, brossent un tableau plutôt sombre :
- en RDC, les jeunes mineurs sous-traitants gagnent, à travail égal, environ 330 dollars par mois contre 898 dollars pour le personnel permanent
- en Afrique du Sud, les jeunes représentent 35,7 % de la population mais ne détiennent que 10 % des emplois formels dans le secteur minier. La sortie progressive du charbon dans la province du Mpumalanga met en péril plus de 200.000 emplois directs et indirects
- au Zimbabwe, près de la moitié des jeunes (49,5 %) ne sont ni à l’emploi, ni scolarisés, ni en formation. Parmi les jeunes actifs travaillant dans le secteur minier, 92 % sont des hommes et leur taux de syndicalisation est inférieur à 10 %.
Dans ces trois pays, les jeunes femmes sont confrontées à des écarts salariaux, au risque de violences liées au genre et à un manque d’équipements de protection adaptés à leur morphologie.
Ce qui doit changer
Le Dr Mbuso Moyo a présenté les principales recommandations issues de cette étude :
- une représentation des jeunes à hauteur de 30 % au sein des Comités exécutifs nationaux des syndicats affiliés et des équipes de négociation
- des campagnes régionales contre les chaînes de sous-traitance, exigeant un salaire égal pour un travail de valeur égale ainsi qu’un contrat à durée indéterminée pour les travailleurs en sous-traitance après six mois de prestations
- des centres de formation financés par les employeurs pour former les jeunes travailleuses et travailleurs aux nouvelles technologies et aux énergies renouvelables, ce qui favoriserait également la recherche
- des chartes d’égalité entre les genres dans les conventions collectives, avec une tolérance zéro envers la violence sexiste, des audits sur l’égalité salariale et des équipements de protection adaptés aux femmes.
Les syndicats s’adaptent à l’évolution du monde du travail
Les participants se sont répartis en trois groupes afin de repenser un monde du travail inclusif et équitable.
Ces cellules ont identifié l’automatisation, l’intelligence artificielle, le travail précaire et la transition écologique comme les principales pressions pesant sur les jeunes actifs. Ils ont noté que ceux-ci sont souvent les premiers à perdre leur emploi en vertu du principe « dernier arrivé, premier parti ».
Les personnes présentes ont partagé les réponses apportées par les syndicats, notamment :
- au Kenya, des clauses de conventions collectives protègent le salaire des travailleuses et travailleurs lorsque des inondations les empêchent de se rendre au travail
- la négociation de mesures de reconversion et de perfectionnement professionnel afin d’éviter les pertes d’emploi
- l’élargissement de la syndicalisation au secteur informel et à la main d’œuvre externalisée
- la modification des statuts syndicaux afin de faire une place aux jeunes travailleurs
- la pression exercée sur les gouvernements en faveur de la mise en place d’une consultation tripartite sur la Transition juste.
Des préoccupations générales aux preuves tangibles
Réagissant aux discussions de groupe, le Dr Mbuso Moyo a constaté que les contributions des différentes parties manquaient de précision. Il a incité les syndicats à mentionner expressément le nom des mines fermées, le nombre d’emplois perdus ainsi que les politiques responsables dans leurs propres pays.
« Nous ne pouvons pas nous permettre d’exprimer des généralités », a-t-il déclaré. « En tant que dirigeants syndicaux, nous devons être capables de dire : dans mon pays, voici les conséquences générées par ces politiques. »
Il a appelé les syndicats à renforcer leurs propres capacités de recherche de sorte que leurs revendications s’appuient sur des preuves solides.
Perspectives
Lors de la clôture de l’atelier, Lesedi Seboni, Secrétaire en charge de la Jeunesse au sein d’IndustriALL, a invité les participants à faire le lien entre la Transition juste et ce qui se passe sur le terrain :

« Comment pouvons-nous décarboner tout en garantissant la sécurité de l’emploi et en avançant à notre propre rythme en tant que pays africains ? »
La Coprésidente régionale Susan Khumalo a résumé en ces termes l’esprit de la journée :
« L’avenir, c’est la jeunesse et la jeunesse, c’est l’avenir. »




