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Des travailleur·euses migrant·es de l'habillement aux machines à coudre dans une usine animée à Maurice

Un fabricant de vêtements mauricien à la traîne en matière de droits des travailleurs migrants

Des ouvriers du textile dans un atelier de finition de jeans. Maurice, 2025. Photo : IndustriALL

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4 juin, 2026La Confédération des Travailleurs des Secteurs Public et Privé (CTSP) s’en prend au fabricant de vêtements Fashion Heights Limited pour des heures supplémentaires non payées, des documents retenus et les difficultés auxquelles les travailleurs sont confrontés après leur licenciement. Le syndicat affirme que le licenciement de six travailleurs philippins met en lumière un phénomène plus large d’exploitation des travailleurs migrants à Maurice.

Fashion Heights, une franchise internationale comptant plus de 40 magasins sur l’île et vendant des vêtements, des chaussures et des accessoires de marque, fait l’objet de graves allégations de violations des droits des travailleurs. Ces allégations ont été formulées après que des travailleurs licenciés ont déposé plainte auprès de la CTSP.

La CTSP, affiliée à IndustriALL, gère le Centre de ressources pour les migrants à Port-Louis. Ce centre est réputé pour son combat en faveur des droits des travailleurs migrants originaires de pays tels que Madagascar, le Bangladesh, l’Inde et le Népal. Récemment, il a également apporté son soutien à des travailleurs originaires des Philippines.

Licenciés, impayés et contraints de partir

Le 9 janvier, les travailleurs ont été licenciés pendant leur période d’essai. Leurs lettres de licenciement reconnaissaient l’obligation pour l’employeur de payer les derniers salaires, les indemnités de préavis et les heures supplémentaires impayées.

Selon le CTSP, les travailleurs ont depuis quitté le pays sans avoir été payés, malgré des relances répétées auprès du ministère. Au cours de leurs derniers jours à Maurice, les travailleurs n’ont perçu aucun salaire. De plus, le logement fourni par l’employeur leur a été retiré et les travailleurs ont dû compter sur des amis et des réseaux de soutien informels pour se nourrir et se loger.

Vingt autres travailleurs philippins continuent de travailler dans des conditions d’exploitation par crainte d’être contraints de quitter Maurice et de voir leur passeport marqué d’une mention rouge. Cette mention rouge signifie qu’ils ne seront plus autorisés à se rendre à Maurice à l’avenir. Le CTSP qualifie ces violations d’esclavage moderne.

Les travailleurs employés chez Fashion Heights affirment qu’ils étaient régulièrement contraints de travailler entre 10 et 12 heures par jour. Les heures de travail sont passées à environ 14 heures à la mi-décembre, lorsque l’activité était à son apogée. Ils n’ont reçu aucune rémunération pour ces heures supplémentaires, ce qui constitue une violation de l’article 24 de la loi de 2019 sur les droits des travailleurs. Ces plaintes ont également été portées devant le ministère du Travail.

De plus, les travailleurs affirment que l’entreprise a conservé leurs passeports et leurs documents d’identité, limitant ainsi leur liberté de mouvement. Les demandes de congés annuels et de congés maladie ont été refusées ou découragées, contrairement aux articles 45 et 46 de la même loi. Par ailleurs, aucun bulletin de paie n’a été fourni, rendant impossible pour les travailleurs de vérifier si leurs salaires, soumis à des retenues pour la nourriture et le logement, avaient été correctement calculés.

Les plaintes peuvent entraîner un rapatriement

Les six travailleurs ont officiellement déposé plainte. Plusieurs ont continué à travailler par crainte de perdre leurs revenus, leur logement et de compromettre leur statut d’immigrant. Une travailleuse affirme qu’on lui a dit que se plaindre pourrait entraîner son rapatriement et la perte du logement fourni par l’employeur.

En vertu de la loi de 1973 sur les non-ressortissants (restrictions en matière d’emploi), le droit d’un travailleur migrant de rester à Maurice est lié à son employeur. Perdre son emploi peut signifier perdre son logement et son droit légal de rester sur l’île. Le CTSP fait valoir que cette dépendance donne aux employeurs corrompus une excuse pour violer les droits des travailleurs protégés par la loi.

Reeaz Chuttoo, président du CTSP, a déclaré :

« Il semble que les normes du travail n’existent que sur le papier pour les travailleurs migrants. Mais le syndicat se battra pour qu’elles soient appliquées dans la pratique en menant campagne pour l’application de la loi sur les droits des travailleurs. »

Paule-France Ndessomin, secrétaire régionale d’IndustriALL pour l’Afrique subsaharienne, a ajouté :

« L’île Maurice se présente comme un pôle d’affaires respectueux de l’État de droit. Mais ce n’est pas la réalité pour les travailleurs migrants. Les normes du travail internationales et nationales doivent être mises en œuvre pour mettre fin à l’exploitation des travailleurs migrants. »