17 juillet, 2026Le NUM (Syndicat national des mineurs) exige que De Beers explore toutes les alternatives possibles avant de licencier 1.214 travailleuses et travailleurs de la mine de Venetia, site dont la société prévoit la fermeture pour une période de deux ans.
Venetia représente la plus grande mine de diamants d’Afrique du Sud, fournissant environ les quatre cinquièmes de la production nationale. Le 14 juillet dernier, De Beers et sa filiale commerciale locale, De Beers Sightholder Sales South Africa (DBSSSA), ont publié un avis au titre de l’article 189A qui annonce l’arrêt de la production pendant deux ans. Le NUM, affilié à IndustriALL, s’oppose à cette décision, la qualifiant de coup dévastateur pour les travailleuses et travailleurs, leurs familles et les communautés implantées autour de la mine, dans la province du Limpopo.
L’article 189A de la Loi sur les relations de travail impose aux employeurs de consulter officiellement les syndicats avant tout licenciement collectif de grande ampleur. Le NUM affirme que De Beers considère cette procédure comme une simple formalité plutôt que comme une véritable négociation, présentant un ralentissement d’activité dont elle avait connaissance depuis longtemps comme une urgence soudaine.
Masibulele Naki, Secrétaire national du NUM chargé de la santé et de la sécurité et négociateur en chef pour le secteur diamantaire, a déclaré que les emplois ne doivent pas être sacrifiés chaque fois qu’une entreprise subit des pressions économiques. Il a précisé, par ailleurs, que l’article 189A a pour but d’explorer des options, et non d’entériner une décision déjà prise.
Les alternatives sur la table
Le NUM souhaite que De Beers et DBSSSA explorent les différentes alternatives possibles avant de procéder à des suppressions d’emplois : reconversion et perfectionnement professionnels, dispositifs temporaires de maintien de l’emploi, réduction des dépenses non essentielles et réexamen des coûts liés aux cadres et à la direction. Le syndicat fait valoir que la rémunération des salariés n’est pas à l’origine des difficultés de l’entreprise et ne devrait pas être sacrifiée pour protéger les bénéfices et les avantages des cadres.
Il soupçonne également que la mise en pause de la production puisse servir de prétexte pour remplacer du personnel permanent par de la main-d’œuvre en sous-traitance moins chère et moins syndiquée, dès la reprise des opérations. Il s’agit d’une tactique de plus en plus utilisée par les sociétés minières pour réduire leurs coûts.
Le NUM affirme qu’il participera pleinement à la consultation réglementaire tout en appelant le ministère des Ressources minérales et pétrolières ainsi que le ministère de l’Emploi et du Travail à intervenir.
« Les salaires, les emplois et les moyens de subsistance des mineurs ne peuvent être pris pour première cible chaque fois que la direction cherche à réduire ses coûts », a indiqué Masibulele Naki.
De son côté, Paule-France Ndessomin, Secrétaire régionale d’IndustriALL pour l’Afrique subsaharienne, a déclaré:
« Les pressions exercées par le marché du diamant ne peuvent pas servir à plonger les travailleuses et travailleurs dans la pauvreté. Les salariés de Venetia méritent une procédure équitable qui protège leurs moyens de subsistance. »
Le marché du diamant sous pression
L’industrie mondiale du diamant fait face à une crise structurelle profonde. Entre 2015 et 2025, le marché du diamant naturel a chuté de 16 % en volume et de 33 % en valeur, en raison d’un afflux de diamants synthétiques moins chers, produits en masse en Chine et en Inde ; les prix des diamants naturels ont chuté d’environ 30 % depuis 2022. Les mesures prises par le secteur, notamment le fonds de commercialisation coordonné prévu par l’Accord de Luanda et les appels en faveur d’un étiquetage « synthétique » obligatoire, n’ont pas encore permis d’enrayer ce déclin.
L’Accord de Luanda a été signé le 18 juin 2025 dans la capitale angolaise par une coalition de gouvernements africains producteurs regroupant l’Angola, le Botswana, la Namibie, l’Afrique du Sud, la Sierra Leone et la République démocratique du Congo, aux côtés de De Beers, de l’Association africaine des producteurs de diamants (ADPA), du Centre mondial du diamant d’Anvers, du Conseil indien de promotion des exportations de pierres précieuses et de bijoux et du DMCC (Centre de négoce international de Dubaï).
Afin de financer une campagne mondiale de promotion des diamants naturels, les signataires s’engagent à allouer 1 % du chiffre d’affaires annuel généré par les ventes de diamants bruts au Conseil du diamant naturel.
