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Une travailleuse en bleu de travail assise sur le sol d'une usine, la tête entre les mains, adossée à une lourde machine industrielle

Journée internationale de commémoration des travailleuses et des travailleurs morts ou blessés au travail : quand le travail brise l’esprit autant que le corps

Les risques psychosociaux (stress, épuisement professionnel et fatigue mentale) comptent désormais parmi les principales causes de décès et de maladie chez les travailleuses et travailleurs du monde entier. Illustration : Shutterstock

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28 avril, 2026Chaque année, le 28 avril, la Journée internationale de commémoration des travailleuses et des travailleurs morts ou blessés au travail nous invite à rendre hommage à celles et ceux qui ont perdu la vie, ont été blessés ou sont tombés malades à cause de leur travail. En 2026, le projecteur est mis sur la crise générée par les risques psychosociaux, moins visibles qu’un déversement de produits chimiques ou l’effondrement d’un puits de mine, mais non moins mortels.

Selon la Confédération syndicale internationale (CSI), les longs temps de travail sont à eux seuls responsables d’environ 745.000 décès par an. Au moins 70.000 salariés se suicident chaque année en raison de facteurs liés au travail. La dépression et l’anxiété coûtent annuellement 12 milliards de journées de travail . Le burn-out touche environ un travailleur sur cinq dans le monde et plus de 10 % de l’ensemble des cas de maladies cardiaques, de dépression et de suicide sont en lien avec les risques psychosociaux.

« Les risques psychosociaux ne représentent pas un phénomène nouveau dans nos secteurs par contre ils y sont en augmentation. La main d’œuvre fait face à des objectifs impossibles à atteindre, à la précarité de l’emploi et à une pression incessante, et ceci au détriment de vies humaines. Les preuves sont évidentes : une forte présence syndicale et la négociation collective constituent les outils les plus efficaces dont nous disposons. IndustriALL appelle les employeurs et les gouvernements à agir par le biais d’une législation contraignante, du dialogue social et de la reconnaissance du fait que la santé mentale relève de la santé au travail »

a déclaré Atle Høie, Secrétaire général d’IndustriALL.

En quoi consistent les risques psychosociaux dans la pratique ?

Dans le secteur minier ghanéen, les risques psychosociaux sont particulièrement prononcés. Les mineurs d’Obuasi, de Tarkwa et de Prestea travaillent sous une pression physique et psychologique intense, confrontés à des dangers souterrains ainsi qu’à une tension mentale prolongée. Une mauvaise ventilation, une chaleur extrême, la poussière et l’humidité rendent les conditions sous terre épuisantes, tandis que les ouvrières et ouvriers de surface ainsi que les opérateurs de machines endurent de longues heures sous le soleil direct et manœuvrent des équipements lourds à des températures maximales. Au fil du temps, la fatigue, la déshydratation et la baisse de concentration exacerbent les risques d’accident et pèsent lourdement sur la santé mentale.

Le stress thermique affecte non seulement le physique mais aussi le bien-être psychologique. Les travailleuses et travailleurs exposés à une chaleur excessive persistante et à de fortes exigences de production ressentent fréquemment un stress accru, de l’irritabilité et de l’anxiété. Une exposition prolongée à ces conditions peut nuire au travail d’équipe, accroître les conflits et réduire le moral. L’OIT reconnaît que la chaleur excessive peut contribuer à des maladies cardiovasculaires, des troubles rénaux et une détresse mentale.

Pour de nombreux mineurs ghanéens, le risque psychosocial s’étend au-delà du lieu de travail. Les horaires de rotation les éloignent de leur famille pendant plusieurs jours, voire plusieurs semaines d’affilée, ce qui entraîne solitude, tensions familiales et stress émotionnel. Les travailleuses et travailleurs en sous-traitance sont confrontés à une incertitude constante pendant les périodes de forte volatilité des cours de l’or ou de restructuration opérationnelle. Pour celles et ceux qui subviennent aux besoins de leur famille proche ou élargie, l’insécurité des revenus devient un lourd fardeau psychologique. Dans tous les cas, le personnel du secteur informel, souvent dépourvu d’accès à des systèmes de sécurité adéquats, à l’eau potable ou à une représentation syndicale, se retrouve encore plus exposé,

La réponse syndicale

Une présence syndicale solide et démocratique sur le lieu de travail offre la meilleure des protections contre les risques psychosociaux. Le Syndicat des mineurs du Ghana a mené des négociations en vue de conventions collectives relatives à ces questions. Il a obtenu des garanties telles que la protection contre le stress thermique, l’accès à des examens médicaux, un soutien psychosocial et une répartition équitable de la charge de travail.

Un aspect fondamental du devoir de diligence des sociétés minières réside dans la mise en œuvre de mesures élémentaires destinées à atténuer les risques psychosociaux. Un accès régulier à de l’eau potable, des zones de repos ombragées, des cycles travail-repos pendant les heures de forte chaleur, la surveillance de la température ainsi qu’un accompagnement psychologique confidentiel sont autant de mesures réalisables grâce à un engagement approprié. Les contremaîtres ont, quant à eux, besoin d’une formation qui leur permette d’identifier les premiers signes de burn-out, de maladies inhérentes à la chaleur et de détresse émotionnelle. Puisque ces défis dépassent le cadre de l’exploitation minière et touchent d’autres secteurs industriels, IndustriALL considère cette question comme faisant partie intégrante de son mandat plus étendu en matière de promotion d’une conduite responsable des entreprises et de la diligence raisonnable en matière de droits humains.

Ce que nous demandons

À l’occasion de la Journée internationale de commémoration des travailleuses et des travailleurs morts ou blessés au travail, IndustriALL se joint à la CSI pour réclamer

  • des réglementations strictes afin de prévenir les risques psychosociaux au travail
  • la ratification des Conventions n° 176 et 190 de l’OIT
  • la pleine participation des syndicats à la santé et à la sécurité au travail
  • un travail décent, comprenant des emplois sûrs, une rémunération équitable et des charges de travail gérables
  • la reconnaissance des troubles de santé mentale comme maladies professionnelles