18 juin, 2026Cinq syndicats affiliés à IndustriALL se sont réunis à Lagos les 27 et 28 mai derniers afin de convenir d’une réponse coordonnée aux violations des droits du travail au sein du groupe Dangote. La séance a abouti à l’élaboration d’un plan d’action visant à mettre en place un réseau syndical à l’échelle du continent, couvrant l’ensemble des activités africaines, en pleine expansion, de l’entreprise.
Au programme : recenser les effectifs à travers l’Afrique et mener des campagnes de syndicalisation. Les syndicats surveilleront également les violations des droits du travail et formuleront des revendications communes concernant la négociation collective, la sécurité au travail, la liberté syndicale et le dialogue social.
Les cinq structures aux manettes sont le Syndicat national des travailleurs du pétrole et du gaz naturel (NUPENG), le Syndicat national des employés de l’électricité (NUEE), l’Association des cadres du pétrole et du gaz naturel (PENGASSAN), l’Association des cadres de l’industrie chimique et des produits non métalliques (CANMPSSAN) et le Syndicat national des travailleurs du textile, de l’habillement et de la confection (NUTGTW).
Les syndicats ripostent
Cette réunion fait suite à des années d’exploitation avérée au sein du groupe Dangote. Les travailleuses et travailleurs précaires et temporaires perçoivent des salaires inférieurs et bénéficient de moins de protections que le personnel permanent. Les normes de santé et de sécurité s’avèrent médiocres et le groupe refuse toute négociation collective significative, même là où des syndicats sont en place.
En septembre 2025, la raffinerie Dangote, d’une valeur de 20 milliards de dollars, située dans la banlieue de Lagos, a licencié 800 salariés le lendemain de leur adhésion à la PENGASSAN. La direction a justifié ces renvois par une restructuration imputée à de prétendus actes de sabotage ; les syndicats ont, quant eux, qualifié cette mesure de représailles.
Le Congrès du travail du Nigeria (NLC) s’est rangé du côté de ces syndicats. Son Président, Joe Ajaero, a accusé le groupe Dangote de contraindre son personnel à adhérer à des syndicats contrôlés par lui, violant ainsi leur liberté à se syndiquer et portant atteinte à la négociation collective. Le NLC a blâmé la multinationale pour avoir enfreint la législation nigériane ainsi que les Conventions n° 87 et 98 de l’OIT, toutes deux ratifiées par le Nigeria, qui garantissent la liberté syndicale.
Cette décision revêt une importance particulière compte tenu de l’expansion du groupe Dangote à travers l’Afrique. Ses activités comprennent des raffineries de pétrole et des cimenteries en Éthiopie, au Sénégal, en Tanzanie, en Zambie et au Zimbabwe.
Il exploite également un complexe de production d’engrais qui exporte sur tout le continent et nourrit des ambitions dans le secteur de la production d’électricité. Il emploie des dizaines de milliers de travailleuses et travailleurs à travers le Nigeria et s’ancre dans plus d’une douzaine de pays africains. Pourtant, pour bon nombre de ces salariés, le droit d’adhérer à un syndicat reste bafoué.
Ce réseau d’entreprises rassemblera les syndicats qui représentent les travailleuses et travailleurs dans l’ensemble des sites africains de Dangote. Il facilitera le partage d’informations et la solidarité mutuelle. Il soutiendra également des campagnes dans les pays où le groupe s’est établi depuis peu et où la présence syndicale reste encore faible.
Oluchi Amaogu, Secrétaire général adjoint du NUPENG, a déclaré :
« Nous sommes plus forts lorsque nous sommes unis. Cette réunion marque une étape importante vers la construction d’une parole syndicale unifiée sur l’ensemble des sites de Dangote. Grâce à la solidarité, à la syndicalisation et à la détermination, nous pouvons renforcer les droits des travailleuses et travailleurs et veiller à ce que la croissance et le développement leur soient profitables. »
Tom Grinter, Directeur d’IndustriALL pour les secteurs de la chimie et de la pharmacie, de la pâte à papier et du papier, du caoutchouc et des matériaux, a indiqué :
« Le groupe Dangote forme un conglomérat industriel présent sur tout le continent et on ne peut pas lui permettre de bafouer les droits des travailleuses et travailleurs. C’est pourquoi les syndicats envisagent conjointement la syndicalisation. »
