18 août, 2026Deux syndicats industriels ont surmonté les obstacles qui empêchaient les cols blancs de participer aux négociations collectives alors que la numérisation et l’automatisation transforment le secteur manufacturier à l’échelle mondiale.
Turquie : une décision de justice ouvre la voie
Le droit du travail turc définissait depuis longtemps le « travailleur » comme une personne exerçant physiquement un travail, excluant ainsi les cols blancs de toute représentation syndicale. Environ 40 % des travailleuses et travailleurs du secteur manufacturier devaient négocier leurs salaires et leurs conditions d’emploi à titre individuel. En mars 2025, la Cour constitutionnelle a statué que seuls deux groupes pouvaient être exclus des négociations collectives : ceux qui représentent la direction et ceux qui négocient avec les syndicats au nom des employeurs.
Lastik-İş a réagi rapidement. Le syndicat a conclu avec succès des accords de principe avec Goodyear, Pirelli, Bridgestone et Prometeon afin de négocier au nom des employés de bureau. Ces accords, conclus avec environ septante entreprises du secteur du pneu, visent à garantir la représentation des cols blancs.
« La victoire de Lastik-İş dans la négociation d’un tel accord constitue un événement historique pour les syndicats turcs qui se sont longtemps vu interdire de syndiquer les employés »
a déclaré Kemal Özkan, Secrétaire général adjoint d’IndustriALL.
Afrique du Sud : le NUMSA défend son mandat devant les tribunaux
Le Comité central du NUMSA a voté en faveur de l’élargissement de son champ d’action aux techniciens, ingénieurs, professionnels des TIC et autres cols blancs tout au long de la chaîne de valeur. Par le biais de son Greffier, le gouvernement a contesté cette décision devant les tribunaux. Le NUMSA a obtenu gain de cause en 2024 et a recouru, depuis, à la fois à des actions en justice et à la syndicalisation sur le lieu de travail pour contrer la résistance des employeurs. Lorsque les conseils de négociation excluent les employés en raison des seuils de représentation, le NUMSA négocie désormais directement des accords de reconnaissance sur le lieu de travail.
Nouveaux travailleurs, nouvelles tactiques
Ces victoires juridiques ne sont qu’un début. En Turquie, les cols blancs n’ont traditionnellement pas considéré les syndicats industriels comme leurs représentants. Lastik-İş s’est engagé à adapter ses structures et ses programmes de négociation pour répondre à leurs préoccupations.
Le NUMSA s’appuie davantage sur la mobilisation numérique pour atteindre une main-d’œuvre différente de celle qui constituait sa base dans les années 1980 et 1990. Il investit également dans la formation : il s’associe à l’Autorité sectorielle de l’éducation et de la formation sur l’IA et l’automatisation et organise des formations via le Fonds de bourses Mbuyiselo Ngwenda afin de maintenir les compétences de ses membres à jour à mesure que les industries se numérisent.
Pourquoi ces victoires sont-elles importantes ?
En Turquie, les syndicats ne pouvaient auparavant s’adresser qu’à environ 60 % de la main-d’œuvre, ce qui était insuffisant pour atteindre le seuil de 50 % plus un nécessaire à la reconnaissance. Ils peuvent désormais syndiquer jusqu’à 95 % des salariés. Et les enjeux dépassent le cadre de ces deux syndicats : les cols blancs représentent déjà plus de la moitié de la main-d’œuvre manufacturière en Allemagne, en France et en Suède, alors que l’industrie 4.0 et l’IA redéfinissent le secteur partout dans le monde.
« Syndiquer les cols blancs n’est pas seulement une question d’égalité, c’est aussi une question de survie pour les syndicats »
a indiqué Christine Olivier.
«Les syndicats doivent évoluer de concert avec le monde du travail. »
