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Diamant du Botswana. Photo : Shutterstock

Les syndicats de mineurs africains lancent un réseau pour défendre les droits des travailleurs

Diamant du Botswana. Photo : Shutterstock

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30 juillet, 2026Les syndicats de mineurs africains ont lancé le Réseau minier africain (AMNet) afin de coordonner l’action régionale dans ce secteur. Ce réseau se concentrera sur les droits des mineurs, la précarité de l’emploi, la santé et la sécurité, les minerais critiques, la responsabilité tout au long de la chaîne d’approvisionnement et une Transition juste à l’échelle du continent.

Ce 27 juillet, lors d’une réunion en ligne, plus de 50 délégués issus de 12 pays africains sont convenus de mettre en place une plateforme commune pour les syndicats du secteur minier. Alors que ceux-ci se constituent encore principalement à l’intérieur des frontières nationales, les entreprises minières, elles, opèrent sans difficulté à l’international.

Priorités de l’AMNet

Sur la base des débats qui ont animé la réunion, l’AMNet renforcera le pouvoir syndical par le biais d’un maillage régional et mondial, notamment grâce à la solidarité entre syndicats et à des réseaux d’entreprises axés sur les matières premières. Il défendra également les travailleuses et travailleurs contre la précarité de l’emploi, favorisera la liberté syndicale, la négociation collective et les salaires décents. Le réseau luttera contre la précarisation, la sous-traitance et l’exploitation de la main-d’œuvre migrante. En outre, il facilitera une Transition juste dans les régions productrices de charbon et de minerais critiques grâce à la reconversion professionnelle, à la protection sociale et à la participation des salariés.

Par ailleurs, AMNet veillera à ce que les investisseurs assument leurs responsabilités grâce à des dispositifs de diligence raisonnable et des campagnes coordonnées contre les multinationales qui bafouent les droits des travailleurs et les droits humains. Il mènera à bien ce mandat en combinant recherche, mobilisation et plaidoyer politique. Le réseau collaborera avec les gouvernements, l’Union africaine, les communautés économiques régionales et les banques multilatérales de développement.

Les participants ont identifié les contrats précaires, l’application insuffisante des normes en matière de santé et de sécurité et l’empreinte croissante des entreprises minières chinoises comme autant de défis qu’aucun affilié d’IndustriALL ne peut relever seul. Ils ont aussi mis en exergue la demande croissante en minerais critiques, notamment le cuivre, le cobalt, le lithium, les métaux du groupe du platine et les terres rares, induite par la transition énergétique mondiale.

La République démocratique du Congo et la Zambie dominent la production de cobalt au plan international tandis que l’Afrique du Sud, le Zimbabwe, la Namibie, le Botswana et le Ghana constituent les piliers des chaînes de valeur du platine, du lithium, du diamant et de l’or. Enfin, le projet minier de Simandou, en Guinée, représente au plan mondial le plus vaste programme d’exploitation de minerai de fer à haute teneur. Or, la pression exercée pour extraire rapidement plutôt que de valoriser les ressources, de créer des emplois décents et d’assurer une fiscalité équitable sacrifie les droits des travailleurs et risque d’enfermer l’Afrique dans une extraction à faible valeur ajoutée pendant que les bénéfices de la décarbonisation reviennent à d’autres.

Travail précaire, minerais critiques et sécurité minière

La session virtuelle a mis en lumière le fait que l’Afrique fournit les matières premières nécessaires à la décarbonisation de la planète mais reste largement cantonnée à l’extraction, affichant une modernisation industrielle limitée et des liens faibles avec la transformation locale. Ce modèle d’enclave génère une richesse en ressources naturelles dont les retombées en termes d’emploi ou de diversification s’avèrent minimes. La sous-traitance, le courtage de main-d’œuvre et l’informalisation ont encore érodé les relations sociales traditionnelles et affaibli la négociation collective alors que le caractère largement informel de l’exploitation minière artisanale et à petite échelle perdure.

Les risques pour la santé et la sécurité restent graves, en particulier dans les exploitations souterraines et mal réglementées. La ratification et l’application de la Convention n° 176 de l’OIT sur la sécurité et la santé dans les mines sont variables, exposant les mineurs africains à des accidents mortels, des blessures et des maladies professionnelles.

Les participants à la réunion ont bien noté que les multinationales dominent toujours la production et la répartition de la valeur. Les cadres volontaires de diligence raisonnable en matière d’ESG (critères environnementaux, sociaux et de gouvernance) et de droits humains ont eu un impact limité, en particulier là où l’application est faible et où il n’existe pas de responsabilité contraignante.

Les banques multilatérales de développement qui financent les infrastructures minières et les réformes de transition écologique ont adopté le langage de la « Transition juste », mais leurs approches favorables à l’investissement violent parfois les droits des travailleurs lorsque la flexibilité du travail est considérée comme une condition préalable à l’apport de capitaux.

Ces préoccupations font écho à la Conférence mondiale des mines organisée par IndustriALL à Sydney en 2025, qui appelait à une syndicalisation plus forte au sein des multinationales, à des cadres de « Transition juste » plus rigoureux, à une sécurité accrue et à une responsabilité plus ferme tout au long de la chaîne d’approvisionnement.

Structure de direction et organisation régionale

La structure de direction proposée pour l’AMNet comprend deux coprésident(e)s et un(e) secrétaire. Elle inclut également des représentant(e)s de la francophonie et de l’Afrique du Nord ainsi qu’un(e) représentant(e) des femmes et de la jeunesse. Elle sera complétée par des sous-comités thématiques.

Les intervenants ont fait valoir que le réseau avait besoin de dirigeants capables de dialoguer directement avec les gouvernements et les multinationales. Les délégués ont également pris accord en vue de s’organiser autour de thèmes ciblés plutôt que d’essayer de couvrir toutes les questions à la fois.

« L’Afrique pourrait contrôler une part significative de l’offre mondiale de platine si le continent s’organisait pour capter la valeur, par exemple, des ressources en platine de l’Afrique du Sud et du Zimbabwe plutôt que de se contenter d’exporter le minerai »

a déclaré Mpho Phakedi, Secrétaire général du Syndicat national des mineurs.

Responsabilité dans les chaînes d’approvisionnement du platine et des diamants

Les affiliés sont convenus que le succès du réseau reposerait sur des études de cas. Le premier concerne la chaîne d’approvisionnement d’Impala Platinum, qui s’étend des mines du Zimbabwe et d’Afrique du Sud aux usines Volkswagen en Allemagne. Les syndicats prévoient d’utiliser cette chaîne comme levier, en collaboration avec le Centre de compétence sur la diligence raisonnable en matière de droits humains et la législation allemande relative aux chaînes d’approvisionnement, afin de demander réparation lorsque des violations sont constatées.

Le deuxième exemple a trait aux diamants. Une réunion prévue en août au Botswana examinera le secteur diamantaire mondial, en présence de producteurs tels que De Beers, alors que les organisations affiliées élaborent une réponse syndicale collective face à la volatilité du marché qui affecte les tailleurs et les mineurs. En matière de santé et de sécurité, ces dernières continuent de collecter des données au niveau national afin d’étayer les arguments du réseau par des données factuelles.

« Il s’agit d’un réseau de premier plan qui doit servir de plateforme pour renforcer le pouvoir syndical : défendre les droits des travailleurs, renforcer le pouvoir syndical, demander des comptes aux détenteurs de capitaux et façonner une Transition juste qui profite aux mineurs africains »

a indiqué Kemal Ozkan, Secrétaire général adjoint d’IndustriALL.