22 avril, 2026La mine de diamants d'Ekapa Kimberley, où cinq mineurs ont trouvé la mort lors d'une coulée de boue en février, est désormais menacée de liquidation. Le NUMSA (Syndicat national des métallurgistes d'Afrique du Sud) conteste cette procédure devant les tribunaux, arguant que les travailleuses et travailleurs qui ont déjà perdu des collègues et, dans de nombreux cas leurs salaires, ne doivent pas être laissés pour compte.
Le 17 mars dernier, la Haute Cour du Cap-Nord, en Afrique du Sud, a prolongé la liquidation provisoire d’Ekapa Minerals au lieu de rendre une ordonnance définitive, remettant ainsi l’affaire au 30 octobre. Ce report fait suite à une contestation du NUMSA qui a fait valoir qu’un plan de sauvetage de l’entreprise permettrait de préserver plus de 1.000 postes. La liquidation aura pour seul effet de coûter des emplois et nuire aux travailleuses et travailleurs.
Le NUMSA, affilié à IndustriALL, a déclaré qu’Ekapa avait mal géré ses finances et violé les droits des travailleurs. Environ 400 salariés n’ont pas été payés depuis novembre 2025 et ne peuvent accéder au Fond d’assurance chômage. Les tentatives pour obtenir le soutien du TERS (programme temporaire d’aide aux employeurs et aux salariés) se sont heurtées à un manque de coopération de la part de l’employeur, a déclaré le syndicat. En février, 196 mineurs ont été licenciés. Ceux-ci ont depuis obtenu l’accès à 50 % de leur épargne-retraite, une mesure à court terme au mieux.
Le syndicat accuse également Ekapa d’avoir enfreint la législation du travail, notamment la Loi sur les relations de travail et la Loi sur les conditions de base de l’emploi. L’entreprise a rejeté les propositions visant à recycler et à améliorer les compétences de la main d’œuvre.
La coulée de boue reflète des schémas de négligence plus graves
La coulée de boue qui a coûté la vie à cinq mineurs a jeté une ombre sur la liquidation d’Ekapa et soulevé de sérieuses questions quant au respect des protocoles de sécurité par l’entreprise. Selon le NUMSA, ces décès révèlent une négligence structurelle bien plus profonde de la part d’une société qui ne peut ou ne veut investir dans la gestion de conditions géologiques de plus en plus instables.
Le Ministère des ressources minérales et pétrolières (DMRE) a adopté une approche lente et mesurée. À la suite de ce drame, les inspecteurs ont émis des directives suspendant les opérations dans les sections touchées et ont exigé des évaluations géotechniques et des rapports de conformité. Une enquête a été ouverte pour déterminer si Ekapa avait respecté les codes de pratique obligatoires en matière d’ingénierie des roches et de stabilité souterraine.
Mais les syndicats soutiennent que les interventions du DMRE sont réactives plutôt que préventives. La surveillance n’a été renforcée qu’après les décès et l’effondrement des installations, laissant les travailleuses et travailleurs exposés aux risques.
La Commission parlementaire en charge des ressources minérales et de l’énergie a effectué une visite de contrôle à Kimberley, rencontrant des mineurs, des syndicats et les autorités locales. Les députés ont exprimé leur inquiétude quant aux salaires impayés, à la procédure de liquidation et à l’adéquation des systèmes de sécurité préalable à la coulée de boue. Ils souhaitent que le DMRE renforce l’application de la réglementation et précise si un redressement d’entreprise pourrait offrir au personnel une solution plus sûre et plus avantageuse que la liquidation.
Gérer les changements géotechniques
L’exploitation diamantifère dans les mines vieillissantes de Kimberley est de plus en plus vulnérable à l’instabilité géotechnique. À mesure que les mines souterraines s’approfondissent et croisent d’anciennes galeries, le risque de coulées de boue, de chutes de pierres et de mouvements soudains du sol augmente. Les experts miniers mettent en avant plusieurs mesures susceptibles d’atténuer ces risques. Ils souhaitent que le DMRE renforce l’application des normes et précise si une restructuration de l’entreprise pourrait représenter une alternative plus favorable aux membres du personnel que la liquidation. Les coulées de boue trouvent souvent leur origine dans des inondations qui peuvent être contrôlées par un système de drainage amélioré afin de réduire les afflux soudains d’eau. Par ailleurs, le remblayage stabilise la masse rocheuse et réduit le risque d’effondrement.
Andile Zitho, Secrétaire régional du NUMSA pour le Cap-Nord et l’État libre, a indiqué :
« Ce report montre que le tribunal voit clair dans les manœuvres de l’employeur, ce qui ouvre la voie à un avenir plus juste et plus durable pour Kimberley, Ekapa et ses travailleuses et travailleurs du secteur diamantaire. »
Emmanuel Adjei-Danso, Directeur pour les secteurs minier et énergétique chez IndustriALL, a déclaré :
« Nous saluons le NUMSA pour avoir défendu les moyens de subsistance à Ekapa. La liquidation ne doit pas servir de prétexte pour paupériser les travailleuses et travailleurs. »

