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Turquie : une nouvelle enquête révèle l’impact réel de la surveillance numérique sur les métallurgistes

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24 août, 2026Un rapport montre que les métallurgistes se sentent contraints d’enfreindre les règles de santé et de sécurité au travail en raison de la pression exercée pour accélérer leur cadence de travail, et plus de la moitié d’entre eux déclarent ne pas savoir comment les systèmes numériques qui les évaluent parviennent à leurs conclusions. Ces résultats offrent l’un des aperçus les plus détaillés à ce jour de la manière dont la gestion algorithmique est perçue sur le lieu de travail.

Le rapport décrit cette évolution, dans laquelle la cadence est de plus en plus fixée et imposée par des logiciels plutôt que par un superviseur humain, qu’il qualifie de « taylorisme numérique ».

Comment les travailleuses et travailleurs perçoivent-ils la surveillance numérique ?

La surveillance numérique au sein des ateliers métallurgiques turcs est désormais généralisée et se présente sous plusieurs formes. Les travailleurs ont indiqué être l’objet d’une surveillance par des tourniquets et des lecteurs de cartes (49 %), par les écrans des postes de travail et des machines (35 %), par des systèmes de pointage (31 %), par des caméras (17 %) et des terminaux portables qui attribuent et chronomètrent les ordres de travail individuels (15 %). Le travailleur moyen est surveillé par deux systèmes à la fois.

Les conséquences sont significatives. Un tiers des travailleurs (34 %) ont déclaré que la surveillance numérique et la cadence de travail donnaient lieu à un épuisement mental à la fin de la journée, 29 % ont indiqué que le sentiment d’être constamment surveillés était source de stress et 22 % ont déclaré que leur savoir-faire artisanal avait été dévalorisé, remplacé par des instructions affichées sur un écran. Dix-huit pour cent ont déclaré n’avoir aucun moyen de contester ou de corriger une décision prise par le système et 14 % ont indiqué que leur risque de licenciement avait augmenté depuis la mise en place de ces systèmes.

Lorsque les performances font l’objet d’une notation, les conséquences sont concrètes. Vingt-quatre pour cent des travailleurs ont déclaré se voir attribuer une note de performance et, parmi eux, près de deux sur trois ont indiqué que cette note influençait, au moins en partie, leur salaire, leurs primes ou la poursuite de leur emploi.

La sécurité au travail perçue comme un outil de contrôle

Une part importante des travailleurs a déclaré que les systèmes mis en place au nom de la santé et de la sécurité au travail fonctionnent, dans la pratique, comme des instruments de contrôle plutôt que de protection. Trente-trois pour cent ont déclaré avoir été contraints d’enfreindre les règles de sécurité en raison de la pression exercée pour accélérer la cadence de travail et 21 % ont déclaré que la surveillance exercée au nom de la « sécurité au travail » porte en réalité sur leur volume de travail.

Le rapport a également cherché à savoir si les travailleurs acceptaient le motif de la « sécurité » avancé pour justifier ces systèmes. Seuls 26 % ont estimé que les mesures numériques et la surveillance étaient efficaces pour prévenir les accidents, contre 54 % qui n’étaient pas d’accord.

Pourquoi certains systèmes sont-ils moins bien perçus que d’autres ?

Le rapport a révélé que le nombre de systèmes surveillant un travailleur n’avait pratiquement aucune incidence sur la pression qu’il déclare ressentir. Ce sont les systèmes qui ciblent les salariés à titre individuel qui ont le plus d’impact. Les salariés surveillés au moyen de terminaux portables de gestion des ordres de travail ont déclaré un niveau de stress nettement plus élevé que ceux qui ne l’étaient pas (2,72 contre 2,43 sur une échelle de cinq points), tout comme ceux surveillés au moyen de caméras (2,67 contre 2,44). Les tourniquets et les systèmes de pointage, qui enregistrent les salariés collectivement plutôt qu’individuellement, n’ont pas montré un tel effet.

Le stress généré en raison des caméras répond à un mécanisme différent de celui des terminaux portables. S’agissant des travailleurs surveillés par caméra, ces derniers n’ont pas spécialement exprimé le sentiment d’une surveillance de leur cadence de travail, mais ils étaient en revanche quatre fois plus nombreux à estimer que les caméras suivaient leur localisation dans l’usine (44 %, contre 17 % pour ceux qui n’étaient pas surveillés par caméra) ; ils étaient également plus nombreux à considérer que leurs pauses et les phases d’arrêt de travail étaient surveillées (56 %, contre 33 %). Contrairement à un tourniquet, qui n’enregistre la présence d’un salarié qu’à des moments fixes de la journée, une caméra assure une surveillance ininterrompue durant toute la période de travail.

Le rapport souligne également que les salariés d’un même lieu de travail, même s’ils exercent la même fonction, donnent souvent des réponses différentes quant aux systèmes qui les surveillent. Il en conclut que le fait d’être surveillé tient autant à la capacité du salarié à remarquer et à identifier un système qu’à la technologie elle-même.

Un déficit de transparence

Seuls 26 % des travailleurs ont déclaré savoir exactement comment les systèmes qui les évaluent parviennent à leurs conclusions ; 56 % ont déclaré ne pas le savoir. La transparence était la revendication la plus fréquemment formulée par les travailleurs, quel que soit le niveau de pression qu’ils signalaient : 61 % des travailleurs en moyenne souhaitaient que le syndicat détermine quelles données sont collectées et leur explique clairement ce point, et ce chiffre atteignait 69 % au sein de la main-d’œuvre ayant signalé le niveau de pression numérique le plus élevé.

Dr Öngel : la transparence « n’est pas une tâche secondaire »

S’adressant à IndustriALL, le Dr Öngel a déclaré avoir relevé trois conclusions en particulier : le fait que le type de système, plutôt que le nombre de systèmes, explique la pression ressentie par les travailleurs ; le fait que les travailleurs effectuant le même travail au même endroit aient souvent des avis divergents à propos des dispositifs qui les surveillent ; et le fait que comprendre le fonctionnement d’un système modifie dans quelle mesure il est perçu, plutôt qu’il ne l’atténue.

« Expliquer aux travailleurs quels systèmes sont présents sur le lieu de travail, quelles données ils collectent et comment ils fonctionnent n’est pas une tâche d’ordre secondaire, mais l’un des devoirs fondamentaux du syndicat… La cadence imposée par un système et le score de performance qu’il génère ne doivent plus être des réalités auxquelles chaque travailleur est confronté de manière isolée, mais doivent être abordés dans le cadre de la négociation collective. Les données recueillies pour des raisons de sécurité ne doivent pas être utilisées pour mesurer la cadence de travail ou évaluer les performances, faute de quoi la santé du salarié devient un argument utilisé à ses dépens, » a-t-il déclaré.

« De plus en plus, les décisions auparavant prises par le contremaître sont aujourd’hui confiées à des logiciels et à des systèmes d’intelligence artificielle, » a déclaré M. Öngel. « Plutôt que d’attendre que cette transformation s’opère, les syndicats doivent définir dès à présent le cadre à travers lequel ils entendent aborder cette évolution. »

Position d’IndustriALL

Ces conclusions font écho aux positions déjà adoptées par IndustriALL concernant l’intelligence artificielle et la gestion algorithmique au travail. Le document d’orientation d’IndustriALL sur l’intelligence artificielle identifie la gestion algorithmique et la confidentialité des données, ainsi que la santé et la sécurité au travail, au rang de ses domaines prioritaires d’action syndicale, appelant à la transparence, à la redevabilité et à des limites à la surveillance du lieu de travail.

« L’enquête montre que, selon la manière dont elle est utilisée, la surveillance numérique peut sérieusement porter atteinte à l’humanité et à la dignité des travailleurs. C’est pourquoi les syndicats et les représentants des travailleurs doivent être d’emblée pleinement associés à l’élaboration et au déploiement des systèmes de surveillance numérique, y compris dès la phase de conception. La transparence et le droit d’opposition doivent être inscrits dans les conventions collectives, et non laissés au bon vouloir des employeurs, » déclare Kan Matsuzaki, Secrétaire général adjoint d’IndustriALL.

À propos de cette étude

Rapport : Digital surveillance and algorithmic management in the metal industry: workers’ experiences, perceptions and trade union policies

Publié par : Birleşik Metal-İş (Syndicat uni des métallurgistes), affilié à IndustriALL Global Union en Turquie

Auteur : Prof. Dr Ferit Serkan Öngel

Échantillon : 665 métallurgistes interrogés

Portée : 109 lieux de travail répartis à travers dix sections syndicales

Travail de terrain : mars 2026

Shutterstock image, ID 2305172625