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Une femme en casque et combinaison debout sur un bulldozer jaune dans une mine à ciel ouvert au Zimbabwe

Zimbabwe : une conductrice de bulldozer fait bouger les lignes au sein d’une exploitation minière de lithium

Nelia Chipako aux commandes, mine de lithium d’Arcadia, Zimbabwe

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16 septembre, 2026Sur le site Arcadia de l’entreprise Prospect Lithium Zimbabwe (PLZ), Nelia Chipako prouve que les femmes peuvent conduire des engins lourds au sein de l’un des secteurs miniers les plus dynamiques du Zimbabwe. Elle incite également son syndicat à lutter contre les préjugés et les conditions de travail qui continuent de freiner l’épanouissement des travailleuses.

PLZ, qui exploite la mine implantée près de Harare, dispose de réserves estimées à 42,3 millions de tonnes de minerai titrant 1,19 % d’oxyde de lithium. Celles-ci comptent parmi les plus importantes du pays. Nelia Chipako passe ses heures de travail aux commandes d’un bulldozer. Elle affirme que ce métier est tout à fait à la portée des femmes, moyennant une formation adéquate doublée d’une expérience suffisante.

Lors d’un entretien accordé à IndustriALL, Nelia Chipako a décrit le traitement à deux vitesses auquel les femmes sont encore confrontées au sein du secteur minier.

 « Les femmes sont doublement pénalisées au travail. Nos employeurs doutent de nos capacités et, alors même que nous avons obtenu le poste, nos collègues nous sous-estiment. Or, nous devrions bénéficier des mêmes chances de faire nos preuves. Nous pouvons progresser lorsqu’on nous en donne l’occasion »

a-t-elle déclaré.

Ce message constitue désormais le cœur de son action syndicale : les femmes doivent bénéficier des mêmes chances de prouver leurs compétences dans les métiers du secteur minier, longtemps réservés aux hommes par tradition.

Selon Nelia Chipako, concilier vie professionnelle et vie familiale ajoute une pression supplémentaire.

« Être parent dans un contexte économique difficile comme celui du Zimbabwe n’est pas chose aisée pour les femmes. Nous faisons des sacrifices et assumons nos responsabilités parentales, y compris face à des situations critiques. Les conditions de travail sont exigeantes, il n’y a pas de jours de repos fixes et nous travaillons parfois le week-end », a-t-elle précisé.

Son parcours reflète un combat plus vaste au sein du secteur du lithium. Les femmes accèdent aujourd’hui à des emplois autrefois considérés comme typiquement masculins. Mais beaucoup sont encore confrontées à des préjugés, à la précarité de l’emploi et à une protection insuffisante contre le harcèlement.

Une place à la table des négociations en matière de DRDH

Nelia Chipako comptait parmi les quarante-et-uns délégués venus d’Afrique du Sud, de Zambie et du Zimbabwe qui ont participé à un atelier organisé par IndustriALL à Harare, le 18 août dernier. Des représentants syndicaux des secteurs de l’or, du cuivre, du platine et du diamant ont débattu de l’utilisation de la diligence raisonnable en matière de droits humains (DRDH) comme outil de négociation. A leurs yeux, celle-ci ne doit pas se résumer à un simple exercice administratif de la part des entreprises. Le Syndicat des travailleurs du diamant et des minéraux connexes du Zimbabwe (ZDAMWU) mène actuellement un projet pilote sur cette thématique auprès de Bikita Minerals et PLZ. Il met notamment l’accent sur la liberté syndicale, l’éradication de la violence et du harcèlement fondés sur le genre ainsi que l’allongement de la durée des contrats à court terme de trois à douze mois.

«Les mesures de protection du travail doivent s’attaquer aux inégalités, à la discrimination fondée sur le genre, aux écarts de rémunération entre les sexes et aux stéréotypes qui continuent d’exclure les femmes »

a-t-elle affirmé aux participants de l’atelier.

Nelia Chipako est membre du Syndicat des travailleurs des diamants et des minéraux connexes du Zimbabwe (ZDAMWU), affilié à IndustriALL. Le Zimbabwe, la Zambie et l’Afrique du Sud testent actuellement l’approche DRDH comme outil de syndicalisation dans le secteur crucial des minerais de transition. La demande pour ces minerais ne cesse de croître à mesure que le monde s’oriente vers les énergies à faible empreinte carbone. Des milliers de femmes, dont Nelia Chipako, travaillent dans ces mines.

« Nous avons désormais notre mot à dire »

Nelia Chipako estime que l’arrivée du syndicat ZDAMWU au sein de la mine d’Arcadia a permis de redéfinir les termes de la relation avec la direction.

« La plus grande réussite du syndicat, c’est que nous avons désormais notre mot à dire. Auparavant, la direction prenait des décisions sans consulter les travailleuses et travailleurs. Aujourd’hui, les choses ont changé : nous disposons d’équipements de protection individuelle adaptés, de postes de 12 heures et le respect des normes de santé et de sécurité est assuré »,

a-t-elle indiqué.

« L’exploitation minière peut changer des vies, mais seulement si elle est menée de manière inclusive et durable. Si PLZ en venait à adopter pleinement l’approche DRDH, cela pourrait servir d’exemple pour l’exploitation du lithium dans tout le pays »

a déclaré Paule-France Ndessomin, Secrétaire régionale d’IndustriALL pour l’Afrique subsaharienne.

PLZ est détenue à 100 % par la société chinoise Zhejiang Huayou Cobalt, l’un des principaux producteurs de matériaux pour batteries lithium-ion.

Elle a pris le contrôle total d’Arcadia dans le cadre d’une transaction d’une valeur de 422 millions de dollars, conclue en 2021–2022. Le Zimbabwe possède certains des plus grands gisements de lithium d’Afrique et est désormais le premier producteur du continent. Cette croissance est stimulée par la demande en batteries destinées aux véhicules électriques et aux énergies renouvelables. Les entreprises chinoises dominent le secteur et le gouvernement, soucieux de favoriser la transformation sur place, a interdit les exportations de minerai brut et de concentré au début de cette année. L’objectif est de générer davantage de retours grâce à la valorisation locale.