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Le détroit d'Hormuz, par lequel transitaient environ 20 millions de barils de pétrole par jour avant la crise, est devenu l'épicentre de la pire perturbation de l'approvisionnement énergétique mondial de l'histoire

Crise du détroit d’Ormuz : le déficit de compétences dans le secteur de l’énergie sous la loupe

Zoom sur le détroit d'Ormuz

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13 mai, 2026Les attaques militaires menées par les États-Unis et Israël contre l'Iran ainsi que la fermeture du détroit d'Ormuz qui s'en est suivie ont fait flamber les prix de l'énergie et provoqué des pénuries de carburant, un rationnement et des pressions inflationnistes dans l'ensemble de l'économie mondiale. Les gouvernements prennent actuellement certaines des décisions énergétiques les plus lourdes de conséquences depuis des décennies, à la hâte et sans consulter les travailleuses et travailleurs.

La Commission européenne a déjà accéléré son plan AccelerateEU, anticipant les objectifs d’électrification et les plans d’investissement dans le réseau. Partout en Asie, les autorités se précipitent pour développer les capacités solaires, éoliennes et de stockage par batterie. Il ne s’agit pas de programmes de transition élaborés dans le cadre d’un dialogue social. Ce sont des réponses d’urgence à un choc d’approvisionnement et les salariés qui construiront et exploiteront le nouveau système ne siègent pas à la table des négociations.

Ce problème ne date pas d’hier. Le contexte actuel lui fait manifestement prendre de la vitesse.

Le rapport d’avril de l’Agence internationale de l’énergie (AIE) sur le marché pétrolier expose l’ampleur de ce qui s’est déjà produit. L’offre mondiale de pétrole a chuté de 10,1 millions de barils par jour en mars, ce qui constitue la plus grande perturbation de l’histoire du marché mondial du pétrole. Les usines pétrochimiques à travers l’Asie ont réduit leurs taux d’exploitation de 10 à 30 %, menaçant les chaînes d’approvisionnement dans les secteurs de la fabrication, du textile, de la construction et de l’emballage. Des gouvernements sur quatre continents, de l’Argentine à l’Éthiopie, du Pakistan aux Philippines, ont mis en place des mesures d’urgence pour réduire la consommation de carburant. Et l’AIE s’exprime sans réserve quant aux exigences inhérentes à la restauration du système énergétique. Son propre rapport d’avril sur le marché pétrolier cite « la mobilisation de main-d’œuvre qualifiée et de sous-traitants » comme condition préalable à la reprise de l’approvisionnement, au même titre que la stabilité politique et la réouverture du détroit lui-même.

Les travailleuses et travailleurs avaient déjà conscience de la fragilité du système énergétique. Ils savaient que la transition était en marche et que trop peu était fait pour l’adapter à leurs besoins. Ce que la crise d’Ormuz a changé, c’est la rapidité d’exécution. Des décisions qui devaient prendre des années sont prises en quelques semaines.

Les propos de la Présidente d’IndustriALL et en quoi ils sont importants aujourd’hui

Lorsque la Présidente d’IndustriALL, Christiane Benner, s’est rendue au siège de l’organisation à Genève en mars dernier, elle a été sans détour sur ce que la Transition juste requiert en substance.

« Pour trouver un terrain d’entente, avant toute chose, notre syndicat a besoin de clarifier ce que la décarbonisation signifie réellement pour chaque lieu de travail. » Cela implique d’analyser conjointement quels sites seront fortement touchés, quelles compétences seront nécessaires, sur quelles implantations des emplois sont menacés ou de nouveaux postes seront créés. « Un tel cadre factuel commun jette les bases d’un dialogue qui permet aux salariés de ne pas se sentir victimes d’un passage en force. »

La crise d’Ormuz n’a pas modifié ce débat. Elle a rendu visibles aux yeux de tous les conséquences liées au fait de l’ignorer. Les observateurs du secteur ont averti que la transition énergétique allait s’imposer au monde très vite et non sans douleurs. C’est précisément ce qu’IndustriALL et de nombreuses autres fédérations syndicales internationales tentent d’empêcher depuis des années.

La question n’est plus de savoir si la transition aura lieu mais plutôt de savoir si les travailleuses et travailleurs contribueront à façonner ce qui remplacera le système actuel, tenu en échec, ou si cette décision sera prise à leur place par des autorités et des employeurs réagissant à une crise sans aucun plan pour le monde du travail.

L’ampleur du déficit de compétences

Le rapport sur l’emploi dans le domaine de l’énergie au plan mondial, World Energy Employment 2025 de l’AIE, a chiffré ce que les travailleuses et travailleurs sur le terrain savent déjà. Le secteur de l’énergie emploie aujourd’hui 76 millions de personnes dans le monde, soit une augmentation de plus de 5 millions depuis 2019, et a représenté 2,4 % de l’ensemble des nouveaux emplois nets créés à l’échelle mondiale au cours des cinq dernières années. L’emploi dans le secteur de l’énergie a progressé de 2,2 % en 2024, soit près du double du taux observé dans l’ensemble de l’économie.

Mais derrière cette croissance se profile une crise. Sur les 700 entreprises du secteur de l’énergie, syndicats et organismes de formation ayant participé à l’enquête de l’AIE sur l’emploi, plus de la moitié ont signalé des goulots d’étranglement critiques en matière de recrutement qui menacent déjà la mise en place des infrastructures énergétiques. Pour empêcher que ce déficit ne se creuse davantage d’ici 2030, le nombre de nouveaux arrivants qualifiés dans le secteur de l’énergie devrait augmenter de 40 %, ce qui nécessiterait un investissement supplémentaire de 2,6 milliards de dollars par an dans la formation à l’échelle internationale. Cela représente moins de 0,1 % des dépenses mondiales en matière d’éducation.

La crise d’Ormuz n’a pas créé ce déficit, elle l’a mis en exergue. La reconstruction des chaînes d’approvisionnement énergétiques, quelle que soit la direction choisie par les gouvernements, nécessitera de la main-d’œuvre, des compétences et des établissements de formation pratiquement inexistants. Le point de départ consiste à identifier où ils se trouvent et où ils ne se trouvent pas.

Pourquoi les syndicats ne peuvent pas rester en marge de l’enquête de l’AIE

C’est ce qui rend l’enquête de l’AIE sur l’emploi et les compétences, qui se clôture le 15 mai, plus pressante que jamais.

Diana Junquera Curiel, Directrice en charge de la Transition juste et de la politique industrielle chez IndustriALL, s’est exprimée franchement quant à son enjeu :

« La crise d’Ormuz a accompli en quelques semaines ce que nous défendons depuis des années : elle a fait en sorte de rendre le lien entre la sécurité énergétique et les travailleurs impossible à ignorer. Les données de cette enquête nous permettront de transformer ce moment en levier lors de chaque négociation, de chaque débat politique, de chaque discussion avec les pouvoirs publics et les employeurs sur ce qu’implique réellement la reconstruction. Sans la voix des syndicats, ces arguments perdent de leur force. C’est aussi simple que cela. »

Christiane Benner a clairement expliqué ce qui fait qu’une Transition juste fonctionne dans la pratique. On ne parle pas de grands engagements politiques mais d’outils concrets : des programmes de formation négociés collectivement, des fonds de transition que les travailleuses et travailleurs aident à concevoir et des perspectives d’emploi contraignantes qui donnent aux gens une raison de faire confiance au processus.

IEA Employment and Skills Survey 2025
Source : Enquête de l’AIE sur le travail et l’emploi 2025

Ces revendications n’ont de poids que lorsqu’elles s’appuient sur des données crédibles et reconnues au niveau international. L’Enquête de l’AIE sur le travail et l’emploi, qui a recueilli les réponses de travailleuses, de travailleurs et de leurs représentants dans 65 pays, pose la question de ce qui rend un emploi décent. Les réponses fournies étaient dépourvues de toute ambiguïté : un salaire équitable (90 %), la sécurité de l’emploi (73 %) et un environnement de travail sûr (71 %). Ce sont là les éléments fondamentaux que garantit la négociation collective. Pourtant, la même enquête a révélé que seuls 35 % des participants considéraient les emplois dans le secteur des énergies propres comme des emplois de qualité, offrant à la fois de bonnes conditions de travail et un bon salaire. C’est précisément cet écart entre ce que les salariés considèrent comme modalités propres à un emploi décent et ce que la transition énergétique offre actuellement que les syndicats ont pour mission de combler. Ces priorités, consignées dans un rapport lu par les gouvernements et les employeurs du monde entier, permettent de mettre les revendications des travailleuses et travailleurs sur la table dans des instances où les syndicats ne sont pas toujours présents.

L’enquête 2026 peut mettre en avant ces mêmes attentes. Mais seulement si les affiliés y participent.

Répondez à l’enquête avant le 15 mai

L’enquête de l’AIE sur l’emploi et les compétences 2026 se clôture le 15 mai 2026. Elle porte sur les tendances de l’emploi, les besoins en compétences et les capacités de formation dans l’ensemble du secteur de l’énergie.

Chaque réponse d’un syndicat, d’un représentant des travailleuses et travailleurs ou d’un organisme de formation rend le rapport final plus difficile à ignorer. Elle rend le déficit de compétences plus difficile à écarter. Elle facilite la défense d’une formation négociée collectivement.

Nous faisons face à un choc énergétique. La question est désormais de savoir si l’expérience des travailleuses et travailleurs sera prise en compte dans ce qui va suivre ou si les gouvernements et les employeurs vont, une fois de plus, reconstruire le système sans eux.

Vous trouverez le lien vers toutes les enquêtes ici