1 octobre, 2026Des femmes syndicalistes issues de syndicats du secteur des mines et de l’énergie du monde entier se sont réunies à Abidjan, en Côte d’Ivoire, ce 30 septembre. Elles sont convenues de créer le Comité mondial « Femmes dans le secteur minier » afin de mettre en œuvre la résolution féministe d’IndustriALL dans ce domaine d’activité.
Cette conférence est la première à réunir des femmes provenant de ces deux secteurs. Elle fait suite à la dernière Conférence mondiale « Les femmes dans le secteur minier » organisée par IndustriALL en 2021 et à l’adoption de la résolution féministe lors du congrès d’IndustriALL de 2025.
Points clés
- Les femmes représentent une petite minorité dans les secteurs des mines et de l’énergie ; elles occupent principalement des postes moins bien rémunérés et des fonctions de soutien
- La violence et le harcèlement doivent être traités comme un problème de santé et de sécurité, non pas sous forme de plaintes individuelles
- La santé et la sécurité au travail ne sont pas neutres en termes de genre. Des EPI à la problématique de la chaleur extrême, les systèmes conçus pour les hommes exposent les femmes à des risques
- Des données ventilées par sexe plus fiables sont essentielles afin que les syndicats puissent négocier efficacement
- Des syndicats forts sur le lieu de travail et des conventions collectives constituent la clé pour concrétiser les engagements pris
- Les pratiques dangereuses et dégradantes, les risques pour la santé reproductive et les horaires de travail excessifs restent des préoccupations majeures
De la simple participation à la transformation
En ouverture de la conférence, Regina Nambahu, Coprésidente du Comité des femmes d’IndustriALL, a déclaré que l’objectif n’était pas tout bonnement d’augmenter le nombre de femmes dans le secteur :

« Bien plus qu’une simple participation, nous revendiquons une véritable transformation »
Elle a invité les participantes à se demander qui siège à la table des négociations, qui bénéficie de la transition énergétique et technologique et qui en est toujours exclu. A ces questions, la modératrice Paule France Ndessomin, Secrétaire régionale d’IndustriALL pour l’Afrique subsaharienne, en a ajouté une autre : pourquoi ?
Kemal Özkan, Secrétaire général adjoint d’IndustriALL, a évoqué une situation d’urgence en matière d’inégalités dans le monde, avec la question du genre placée en son centre. Christine Olivier, Secrétaire générale adjointe d’IndustriALL, a exprimé qu’une approche transformatrice en matière de genre implique un changement des systèmes eux-mêmes :
« On ne devrait tout simplement pas attendre des femmes qu’elles s’adaptent à des systèmes qui ont été conçus sans elles et ne sont pas faits pour elles. »
La place des femmes
Les intervenantes ont reconnu que les données sur les femmes dans le secteur minier sont incomplètes. Christine Olivier a cité un rapport de 2024 d’International Women in Mining qui met en évidence que trente-cinq des cent plus grandes entreprises minières étudiées ne publiaient pas de données ventilées par sexe sur leur main-d’œuvre. Parmi celles qui le faisaient, les femmes ne représentaient qu’environ 15 % de l’effectif.
Camila Pereira Rego Meireles, de l’Organisation internationale du travail (OIT), a précisé que la question essentielle ne porte pas seulement sur le nombre de femmes travaillant dans le secteur minier mais aussi sur les postes qu’elles occupent et sur leur capacité à faire entendre leurs revendications au même titre que leurs homologues masculins. Les femmes sont confrontées à un « effet de fuite », leur nombre diminuant en milieu de carrière en raison des longues journées de travail, des sites isolés, de l’insuffisance d’installations et d’EPI adaptés ainsi que d’un accès inégal à la formation.
Elle a averti que l’explosion de la demande en minéraux essentiels ne garantirait pas automatiquement l’égalité :
« La mine de demain n’est pas encore définie. Elle fait encore l’objet de négociations. »
Courtney Smith, du Syndicat des mines et de l’énergie (MEU) d’Australie, a indiqué que les objectifs publics en matière d’égalité des sexes peuvent se retourner contre leurs auteurs lorsque les employeurs ne parviennent pas à investir dans la formation et dans des cultures d’entreprise inclusives. Dans le secteur minier australien, les femmes n’occupent que 16 % des emplois du quartile le mieux rémunéré.
La violence et le harcèlement relèvent d’un problème de sécurité
Les intervenantes sont revenues à plusieurs reprises sur la question de la violence et du harcèlement fondés sur le genre. Mme Meireles a mis en avant le fait que la Convention n° 190 de l’OIT sur la violence et le harcèlement ne se limite pas au site minier mais s’étend également aux campements, aux moyens de transport et au trajet domicile-travail.
Les participantes ont évoqué le meurtre de 11 femmes à Ekurhuleni, en Afrique du Sud ; elles ont interpellé Anglo American quant aux mesures que l’entreprise a prises afin d’assurer la protection de ses salariées. Tana Van Straaten, attachée au programme « Vivre dans la Dignité » développé par la société, en a citées plusieurs, notamment la mise à disposition de transports d’entreprise sécurisés, la suppression des quarts de travail tôt le matin et tard le soir pour les salariées vulnérables ainsi que des services d’accompagnement psychologique en cas de traumatisme.
« Les femmes ont le sentiment qu’il ne suffit pas de leur demander d’être prudentes »,
a-t-elle affirmé.
Courtney Smith a indiqué que les recours collectifs en Australie soulèvent une question cruciale pour l’ensemble du secteur : une femme qui signale un cas de harcèlement peut-elle recevoir la garantie qu’elle sera protégée plutôt que sanctionnée ?
Lors de la séance plénière, une participante du NUM (Syndicat national des mineurs d’Afrique du Sud) a relaté le cas d’une travailleuse soumise à une fouille à nu, ce que les personnes présentes ont qualifié de dégradant et inacceptable. D’autres ont souligné que les droits des travailleuses en sous-traitance sont particulièrement bafoués et que de nombreuses femmes n’osent toujours pas exprimer leurs préoccupations.
Rendre visibles les risques sanitaires cachés
Le Dr Vincent Kouame, médecin spécialiste en santé publique, a pointé que les maladies professionnelles tuent bien plus de salariés que les accidents du travail mais qu’elles ne sont souvent pas recensées. L’exposition des femmes est négligée, car elles occupent souvent des postes considérés comme secondaires, tels que le nettoyage près des concasseurs ou dans les laboratoires.
« Ce n’est pas parce qu’une maladie ne se trouve pas sur une liste de recensement qu’elle n’est pas d’origine professionnelle »,
a-t-il précisé.
Concernant la maternité, son message est clair : agir face au risque et ne pas exclure la travailleuse enceinte.
La Dre Amanda Odoi, experte en questions de genre, a averti que les vagues de chaleur extrême s’avèrent désormais inévitables et que certaines mesures prises pour y faire face aggravent la situation des femmes. Les contrôles de tolérance à la chaleur pourraient les évincer des travaux souterrains tandis que l’accès aux toilettes et des EPI mal ajustés conduisent certaines d’entre-elles à éviter de boire de l’eau. Elle a réclamé le droit à la fraîcheur pour tous les salariés, à des EPI adaptés aux femmes et à des pauses non sanctionnées.
Négocier pour le changement
Emmanuel Adjei-Danso, Directeur du secteur des mines et de l’énergie auprès d’IndustriALL, a expliqué comment les syndicats peuvent recourir à la négociation collective pour faire progresser l’égalité entre les sexes :
- évaluation des postes pour lutter contre l’écart salarial entre les hommes et les femmes,
- normes minimales en matière de protection de la maternité et de la santé reproductive,
- tolérance zéro envers la violence sexiste inscrite dans les conventions collectives
- EPI adaptés aux besoins des femmes,
- attention particulière aux sous-traitants chez qui les inégalités et le harcèlement sont les plus courants.
« Le féminisme n’est pas un combat contre les hommes. C’est un combat contre le patriarcat »,
a-t-il martelé.
Kemal Özkan a exhorté les organisations affiliées à diffuser des modèles de clauses de conventions collectives relatives à la violence sexiste. Il a signalé que l’écart salarial entre les sexes est moins marqué là où un syndicat et une convention collective sont en place.
Paule France Ndessomin a assuré qu’IndustriALL peut fournir formations et expertise mais que le changement dépendait des syndicats sur le lieu de travail :
« Ce qui compte c’est la force de votre syndicat sur le lieu de travail. »
Prochaines étapes
- Comité mondial des femmes dans le secteur minier : ce comité, composé de douze membres, comprendra des représentantes de toutes les régions et conseillera le Comité directeur d’IndustriALL pour le secteur minier. La date limite de dépôt des candidatures est fixée au 5 octobre 2026
- Afrique : le Réseau minier africain (AMNnet) assurera la liaison entre les structures nationales de femmes dans le secteur minier et le Comité
- Santé et sécurité : IndustriALL élabore actuellement un programme spécifique en matière de santé et sécurité pour le secteur minier, en collaboration avec l’OIT et l’Organisation mondiale de la santé. Les syndicats sont encouragés à mener des évaluations des besoins sur le terrain
- Recherche : les travaux de recherche du Dr Odoi sur les vagues de chaleur extrême seront communiqués aux affiliés une fois achevés
- Énergie : la conférence d’IndustriALL sur l’énergie, prévue au printemps 2027, fera avancer la lutte pour l’égalité des genres dans ce secteur










