17 février, 2026Les chaînes d'approvisionnement mondiales sont confrontées à des perturbations constantes, qu'il s'agisse de pandémies, de guerres, de tensions commerciales ou de chocs climatiques. Mais lorsque des crises surviennent, ce sont les travailleurs et travailleuses qui en paient trop souvent le prix.
Lors du 12e Forum de l’OCDE sur la conduite responsable des entreprises, qui s’est tenu à Paris et marquait le 50e anniversaire des Principes directeurs de l’OCDE à l’intention des entreprises multinationales, IndustriALL a livré un message clair : la résilience doit reposer sur des accords contraignants, des pratiques d’achat responsables et des négociations collectives, non pas sur des engagements volontaires.
Lors de la table ronde d’ouverture concernant les secousses au sein des chaînes d’approvisionnements, Christina Hajagos-Clausen, Directrice du secteur de l’habillement et du textile chez IndustriALL, a remis en question le déséquilibre structurel de la production mondiale, sur le constat que la « flexibilité » de la chaîne d’approvisionnement fait souvent peser le risque commercial sur les maillons inférieurs.
« Lorsque des crises surviennent, les enseignes ajustent leurs pratiques d’achat du jour au lendemain. Les travailleurs et travailleuses n’ont pas cette latitude. Sans négociations collectives ni accords contraignants, ils sont laissés pour compte et doivent absorber le choc. »
Les données de l’OCDE présentées lors du forum ont montré que si la plupart des entreprises publient désormais des informations sur la durabilité, seule une petite proportion d’entre elles rendent compte de manière significative de leur diligence raisonnable en matière de droits humains. Pour les syndicats, cela reflète un manque persistant de transparence dans sa mise en œuvre qui, faute de caractère exécutoire, ne protège pas les salariés.
Christina Hajagos-Clausen a souligné que la collaboration ne fonctionne que lorsqu’elle inclut des engagements exécutoires en matière de pratiques d’achat, de salaires et de relations sociales. Des modèles contraignants tels que l’Accord du Bangladesh et le cadre ACT au Cambodge démontrent comment des accords négociés peuvent intégrer la représentation des travailleurs dans la gouvernance de la chaîne d’approvisionnement et créer une plus grande prévisibilité en temps de crise.
ACT a organisé une session relative aux conventions collectives soutenues par les enseignes au Cambodge, un effort pratique visant à relier les promesses d’achat à des salaires plus élevés.
Athit Kong, Président du syndicat cambodgien CCADWU, a souligné l’importance d’intégrer directement les enseignes dans les structures de négociation :
« C’est là tout l’intérêt d’impliquer l’enseigne. Je ne vois pas d’autre modèle que celui-ci, rassemblant ces trois éléments, qui serait plus avantageux pour les travailleurs et travailleuses. Nous voulons des salaires décents, mais nous voulons aussi que cela soit durable pour le secteur. Il faut dès lors pouvoir se reposer sur des compétences de base. »
Durant son intervention, il a souligné que les augmentations salariales doivent s’appuyer sur des systèmes de relations sociales solides qui garantissent l’équité pour les salariés et la stabilité pour le secteur.
Les intervenants ont reconnu que de nombreuses initiatives d’entreprises n’ont pas abouti à de réelles améliorations. Un consensus clair s’est dégagé : la croissance des salaires ne peut être dissociée des promesses d’achat. Les achats responsables doivent renforcer, et non affaiblir, la négociation collective.
Le secteur de l’habillement au Cambodge, qui emploie principalement des femmes et fait vivre des millions de personnes est devenu un terrain d’essai en la matière. Bien que qualifiés d’« acte de foi », les accords contraignants en termes d’achat commencent à donner des résultats mesurables, fondés sur la confiance entre les enseignes, les syndicats et les employeurs, et alignés sur les priorités industrielles nationales ainsi que sur le développement des compétences.
Le Secrétaire général d’IndustriALL, Atle Høie, a souligné l’impact de cette approche :
« Il est essentiel de relier la négociation collective aux pratiques d’achat des enseignes afin de mettre en place un salaire vital. Au Cambodge, cela devient une réalité. Nous comptons désormais à notre actif la signature de huit conventions collectives qui augmentent les salaires de dizaines de milliers de travailleurs et travailleuses. Il s’agit d’un accord sans pareil qui montre que des engagements contraignants peuvent produire des résultats concrets pour les travailleurs et travailleuses. »
La conclusion du forum de Paris s’avère sans équivoque : une résilience qui n’inclurait pas les droits des travailleurs est illusoire. Des normes applicables, des négociations sectorielles et une responsabilité partagée sont les fondements de chaînes d’approvisionnement stables et équitables.
Pour IndustriALL, la direction à suivre est limpide : passer d’engagements volontaires à des accords contraignants, aligner les achats sur la fixation des salaires et veiller à ce que les travailleurs et leurs syndicats soient intégrés dans la gouvernance de la chaîne d’approvisionnement.
Les accords contraignants portent leurs fruits et lorsque les syndicats sont présents à la table des négociations, les chaînes d’approvisionnement deviennent plus stables, plus prévisibles et plus équitables.
