19 février, 2026La Fédération des travailleurs industriels du Myanmar met en garde contre un durcissement de la répression alors que les Fédérations syndicales internationales appellent à une action plus vigoureuse au plan mondial en vertu de l'article 33 de l'OIT.
Le 15 février, les dirigeants d’IndustriALL ont rencontré ceux, en exil, de la Fédération des travailleurs industriels du Myanmar (IWFM) afin de débattre des défis persistants auxquels sont confrontés les travailleurs et travailleuses ainsi que les adhérents syndicaux depuis le coup d’État militaire de 2021. Des responsables et des membres de l’IWFM toujours présents dans le pays ont accédé à la réunion en distanciel, mettant ainsi en relief la poursuite du travail du syndicat en dépit de la répression et des risques pour leur sécurité.
Depuis plus de cinq ans, les autorités militaires du pays ont accentué leur répression contre la société civile, les mouvements démocratiques et les droits des travailleurs. L’IWFM a indiqué que les syndicats indépendants ont été interdits, que leurs dirigeants ont été arrêtés et que la liberté syndicale a été fortement restreinte, ce qui affecte travailleurs, travailleuses et syndicats tant à l’intérieur qu’à l’extérieur des frontières du pays.
Les chefs de file de l’IWFM en exil ont décrit les conditions qui les ont contraints à fuir après la prise de pouvoir par l’armée. Ils ont partagé des témoignages sur la répression systématique des activités syndicales et l’effondrement des protections fondamentales des travailleurs sous le régime militaire.
KhaingZar Aung, Président de l’IWFM, a déclaré :
« Depuis le coup d’État militaire, de nombreux dirigeants syndicaux de l’IWFM ont été contraints de vivre en exil dans des conditions extrêmement difficiles. Ils sont confrontés à une insécurité permanente, à un statut juridique précaire, à des difficultés financières et à l’éloignement de leurs familles, tout en continuant à assumer leurs responsabilités syndicales. En dépit de ces obstacles, ils restent déterminés à syndicaliser les travailleurs et travailleuses, à documenter les violations des droits du travail, à mener des actions de plaidoyer au niveau international et à coordonner les réseaux de soutien aux travailleurs et travailleuses déplacés et migrants.
« Vivre en exil nécessite une adaptation constante : il faut appréhender de nouveaux systèmes juridiques, s’assurer des moyens de subsistance et préserver la communication avec les collègues qui subissent la répression au pays. Leur résilience et leur solidarité ont permis à l’IWFM de conserver ses structures organisationnelles et de poursuivre la lutte pour les droits des travailleurs, la démocratie et la justice sociale, même dans des conditions de déplacement prolongé. »
Les dirigeants de l’IWFM ont souligné que la période que nous traversons actuellement représente un test crucial pour la communauté internationale, en particulier en ce qui concerne l’application de l’article 33 de la Constitution de l’OIT. Celui-ci permet d’appeler les États membres à prendre des mesures lorsqu’un pays ne se conforme pas aux recommandations relatives à des violations graves et récurrentes des normes du travail.
Bien que sa pleine exécution reste complexe, l’IWFM a relevé que la pression coordonnée des gouvernements, des employeurs et des institutions internationales s’avère essentielle pour garantir que les décisions de l’OIT ne soient pas purement symboliques. La Fédération a réaffirmé sa politique de collaboration avec la CTUM et les forces démocratiques alliées.
L’IWFM et IndustriALL sont convenus d’intensifier leur plaidoyer en faveur d’un suivi approprié au titre de l’article 33, visant à tenir les autorités militaires responsables de leurs actes, à restreindre l’accès aux ressources économiques qui alimentent la répression et à rétablir le respect des droits fondamentaux du travail au Myanmar. Le plan d’action conjoint comprend le renforcement de leur travail à l’intérieur du pays par la syndicalisation et le recours à des mesures correctives en cas de conflit.
Kemal Özkan, Secrétaire général adjoint d’IndustriALL, a déclaré :
« Nous admirons profondément le courage et la détermination des dirigeants syndicaux de la Fédération des travailleurs industriels du Myanmar, tant ceux qui sont en exil que ceux qui œuvrent à l’intérieur du pays, exposés à des risques immenses. Leur engagement inébranlable va bien au-delà de la défense des droits des travailleurs au présent. Il contribue à mettre le cap sur le rétablissement de la paix, de la démocratie et d’un futur serein pour le pays.
Vous n’êtes pas seuls dans votre lutte pour la démocratie au Myanmar. IndustriALL se tient à vos côtés et vous pouvez compter sur son soutien indéfectible. »
La réunion s’inscrivait dans le cadre d’une mission conjointe de la CSI-AP et des Fédérations syndicales internationales, en collaboration avec la Confédération des syndicats du Myanmar (CTUM), afin de débattre d’une action coordonnée en faveur de la démocratie et du mouvement syndical démocratique autour de la CTUM, en ce compris la campagne sur la résolution de l’OIT relative à l’article 33. La délégation a également engagé un dialogue avec des représentants du Gouvernement d’Unité Nationale, en particulier avec le Ministère du Travail.
