7 mai, 2026La région Asie-Pacifique, moteur de la production mondiale de vêtements et de textiles, abrite certains de ses travailleurs les plus exploités. Elle représente environ 60 % des exportations mondiales de vêtements, de textiles et de chaussures avec plus de 40 millions de travailleuses et travailleurs qui s'y consacrent. Pourtant, pour celles et ceux qui cousent les vêtements qui remplissent les rayons des enseignes de stature mondiale, les salaires sont restés structurellement bas.
En dépit d’augmentations des salaires réels dans de nombreuses économies, les conditions de travail sont restées médiocres et caractérisées par une informalité et une vulnérabilité généralisées. Des représentants syndicaux de toute la région se sont réunis cette semaine à Penang, en Malaisie, pour un atelier de deux jours sur les mécanismes de fixation des salaires, organisé par IndustriALL et son affilié japonais UA Zensen. Cet atelier a rassemblé des affiliés venus partager des stratégies et renforcer leurs capacités collectives pour lutter contre les bas salaires dans le secteur.
Des participants venus du Bangladesh, du Cambodge, d’Inde, d’Indonésie, du Japon, de Malaisie, du Népal, du Pakistan, des Philippines, du Sri Lanka, de Thaïlande et du Vietnam ont partagé leurs expériences et leurs stratégies en matière de mécanismes de fixation des salaires, de négociation collective et de syndicalisation. S’appuyant sur des exemples provenant de toute la région, l’atelier visait à renforcer leur capacité collective à obtenir de meilleurs salaires pour les travailleuses et travailleurs du secteur de l’habillement.
Mise en contexte : la perspective de l’OIT
La politique salariale est le cadre au sein duquel les gouvernements, les employeurs et les salariés façonnent collectivement ce que seront les salaires. Lorsqu’elle fonctionne de manière cohérente, elle peut faire une énorme différence. Dans toute l’Asie, cette cohérence fait souvent défaut. La région compte plus de 5.000 niveaux de salaire minimum ; l’Inde à elle seule en compte plus de 2.000. Pourtant, dans des pays comme le Pakistan, une personne sur quatre ne perçoit même pas le salaire minimum auquel elle a légalement droit. Les travailleuses et travailleurs du secteur informel de la région gagnent environ la moitié de ce que gagnent celles et ceux du secteur formel.
Xavier Estupinan, Expert confirmé en matière de salaires auprès de l’OIT, a souligné que la fixation d’un salaire minimum n’était qu’une première étape. La véritable question est de savoir s’il est adéquat, régulièrement révisé, effectivement appliqué et soutenu par un dialogue social solide.
Le programme de l’OIT sur le salaire vital s’appuie sur ces fondements en réunissant les gouvernements, les employeurs et les salariés afin de faire progresser des politiques et des pratiques efficaces en matière de salaire vital. Il repose sur deux piliers complémentaires : premièrement, l’estimation des salaires vitaux et l’élaboration d’une plateforme mondiale de données salariales ; deuxièmement, la mise en œuvre concrète des salaires vitaux, notamment par le biais d’une assistance technique aux pays et aux secteurs prêts à agir.
Armelle Seby, Directrice pour les questions de genre auprès d’IndustriALL, a mis en garde contre des systèmes de fixation des salaires qui peuvent ancrer les inégalités en institutionnalisant la sous-évaluation du travail des femmes. La transparence salariale et l’évaluation des emplois non sexiste sont des outils essentiels pour garantir des systèmes salariaux transformateurs en termes de genre. Une approche transformatrice en la matière n’est pas une simple pièce rapportée. Elle doit être intégrée dès le départ dans la conception des politiques salariales, sur base d’une analyse de genre. Sans cela, les cadres qui déterminent le salaire minimum risquent de reproduire, voire d’aggraver, l’écart entre les sexes déjà prévalent dans le secteur.
L’accord ACT et la négociation collective dans la pratique
L’initiative ACT et son travail sur les relations sociales dans la chaîne d’approvisionnement a été présentée et débattue. Les affiliés cambodgiens ont partagé leurs expériences concernant la renégociation du modèle de convention collective qui sera valable pour les trois prochaines années. Ils ont également présenté leur travail visant à augmenter le nombre d’usines signataires de cette convention.
La fixation des salaires au Japon : les enseignements d’UA Zensen
L’atelier a également entendu l’UA Zensen s’exprimer sur la fixation des salaires au Japon. Le taux de syndicalisation est en baisse, presque tous les syndicats se situent au niveau de l’entreprise et les femmes représentent moins de 30 % des effectifs syndicaux. Depuis 2022, l’offensive salariale de printemps (shuntō) a permis d’obtenir des augmentations salariales générales d’environ 5 %. Cependant, des défis structurels subsistent.
UA Zensen s’est attaché à renforcer le pouvoir de négociation par le biais de formations au leadership et de cadres d’action conjointe, en ciblant des réformes législatives et des normes de travail équitables spécifiques au secteur.
« Les salaires dans le secteur de l’habillement ont été maintenus artificiellement bas pendant trop longtemps. Cet atelier vise à renforcer le pouvoir et les connaissances syndicales pour changer cela. Car sans syndicats forts à la table des négociations, ce sont les travailleuses et travailleurs qui continueront à en payer le prix »,
a déclaré Christina Hajagos-Clausen, Directrice du secteur du textile et de l’habillement auprès d’IndustriALL.
La réunion régionale du réseau THCC d’IndustriALL avait marqué le début de la semaine, avant que les délégués ne se consacrent à l’atelier sur la fixation des salaires. Des affiliés de toute la région Asie-Pacifique se sont ainsi réunis pour faire le point et coordonner leurs priorités pour le secteur.


